Les bardes chantèrent longtemps la prison et la mort de Northumberland, le descendant des Percy ; et l'exil de Westmoreland, le descendant des Nevil.

Parmi toutes les ballades de cette époque, la plus fameuse était intitulée l'Insurrection du Nord, the Rising in the North. Les héros de cette ballade sont Norton, un gentilhomme de l'Yorkshire, et ses neuf fils. Norton avait été choisi par Northumberland pour porter le drapeau de la nouvelle croisade contre l'hérésie de Henri VIII et de sa fille, et ce drapeau était décoré de trois symboles : la croix, les cinq plaies du Sauveur et le calice de l'Eucharistie.

Norton consulta ses neuf fils, et délibéra avec eux. Et huit d'entre eux parlèrent et répondirent en chœur : « O mon père! jusqu'au jour de notre mort, nous serons fidèles à ce bon comte et à vous. »

L'aîné, Francis, est le seul à dissuader son père, mais le voyant résolu, il lui demande la permission de le suivre sans armes. Après le désastre des deux comtes de Nevil et de Percy, le barde s'écrie :

« Ils t'ont condamné à mourir, toi, Norton, et tes huit fils. Malheur! malheur! tes cheveux blancs ne purent t'absoudre, non plus que leur belle et florissante chevelure blonde ne put les sauver. »

Norton et sa famille furent en effet condamnés et leurs biens confisqués. L'héroïque père et trois de ses fils échappèrent au supplice sur un frêle bateau ; ils abordèrent en Hollande. Ils y vécurent peu, et le mal du pays les moissonna successivement sur la terre étrangère. Les autres fils du vieux gentilhomme catholique, moins Francis et Edmond, furent exécutés dans les lieux où la révolte avait éclaté. Deux des frères de Norton furent aussi pendus à Londres.

La répression déploya toutes les fureurs d'une vengeance et toute l'implacabilité d'une politique. Le comte de Sussex, l'instrument docile d'Élisabeth par ambition plus que par cruauté, se plaignit à Cecil de n'avoir eu à diriger en cette grande conjoncture que des affaires de potence.

Le duc de Norfolk fut détenu plus étroitement à la Tour. Ses châteaux et ses hôtels furent fouillés, ses coffres forcés ; ses lettres, ses papiers, saisis. Les gentilshommes du Norfolk et du Suffolk furent appelés en témoignage contre lui.

Élisabeth lui dépêcha des juges-commissaires. Le duc les reçut d'un visage serein. Il répondit sagement, habilement à tous les interrogatoires. Les commissaires s'en retournèrent très-émus à Windsor. Ils cherchèrent à excuser le duc de Norfolk auprès de la reine, qui les réprimanda fort aigrement. L'un d'eux s'étant hasardé à dire que, dans leur opinion, le duc n'était pas coupable légalement. « Par la mort-Dieu, s'écria Élisabeth, ce que les lois ne pourront sur sa vie, mon autorité le pourra! » La reine s'abandonna à une telle colère, qu'elle en perdit connaissance, et qu'on fut obligé d'avoir recours à son médecin pour la faire revenir à elle.

Les ministres anglais furent unanimes contre Marie Stuart. Ils pressèrent leur maîtresse, en style de chancellerie froidement et sèchement atroce, de supprimer par le meurtre une cause toujours renaissante de troubles pour le royaume. Élisabeth repoussa faiblement ce conseil, et Marie ne fut sauvée que par le prompt apaisement des troubles et la fuite des grands comtes du nord. Le 2 janvier 1570, elle fut ramenée de Coventry à Tutbury ; puis, sur un caprice d'Élisabeth, conduite, vers la fin de mai, au château de Chatsworth, dans le comté de Derby.