C'est là qu'elle lut la bulle d'excommunication lancée par le pape Pie V contre la reine Élisabeth, dont il affranchissait les sujets, et dont il annulait les droits à la couronne d'Angleterre. Felton répandit cette bulle et fut découvert. Il ne daigna pas se défendre. Même au milieu des horreurs de la torture, il garda un indomptable silence, et pas un nom de complice ne lui fut arraché. Il subit la mort, comme la torture, avec la fierté d'un gentilhomme et l'héroïsme d'un chrétien. Sa consolation fut de se proclamer martyr de la suprématie papale et de la foi catholique. La bulle avait été audacieusement affichée jusqu'aux portes du palais habité par l'évêque de Londres. L'inconsidérée, l'imprudente Marie applaudit dans un premier transport, et, assaisonnant de sarcasmes sa joie profonde, elle rit avec ses dames de l'insulte faite à la reine d'Angleterre : elle aurait dû plutôt en pleurer. C'était un serpent de plus dans le sein d'Élisabeth, et dans le nuage au-dessus de la tête de Marie une foudre de plus prête à la consumer.

Elle reprit à Chatsworth le roman de ses amours avec Norfolk.

Pour mieux plaire au duc et pour se réhabiliter plus sûrement dans l'opinion de l'Europe, elle écrivit, vers cette époque, à la comtesse de Lennox. Elle lui soumettait avec une apparence d'épanchement la justification de sa conduite. Elle exprimait à demi, sinon l'espérance, du moins le désir d'un retour d'affection de la comtesse qu'elle n'avait jamais cessé d'aimer, disait-elle, malgré l'ardeur des préventions de la maison de Lennox.

Émue d'une telle démarche, des souvenirs tragiques, embarrassée des difficultés d'une décision, la comtesse envoya la lettre de la reine au comte son mari, qui était alors en Écosse. Il lui répondit :

« … Vous vous en remettez à moi pour apprécier la lettre que la reine, mère du roi vous a adressée. Mais que puis-je vous dire, sinon que je ne suis point surpris qu'elle fasse du mieux qu'elle peut pour se justifier? Beaucoup de gens, ainsi que moi, sont persuadés qu'elle n'y parviendra pas. Je ne dis point ceci seulement d'après mes idées, mais d'après des écrits de sa propre main, d'après les dépositions de gens mis à mort, et d'autres témoignages infaillibles. Il faudrait bien du temps pour faire oublier un fait aussi notoire, pour rendre blanc ce qui est noir, pour montrer l'innocence là où elle n'est point. Je crois que les plus indifférents ne sauraient mettre en doute l'équité de votre cause et de la mienne et les motifs de notre haine. Son seul devoir envers vous et envers moi, qui sommes parties intéressées, est d'avouer avec un sincère repentir ce fait déplorable. Cet aveu doit lui être pénible, et il nous est douloureux même d'y penser. Dieu est juste ; on ne le trompera pas jusqu'au bout, et comme il a fait connaître la vérité, il punira le crime. »

Les tentatives de Marie Stuart se brisèrent ainsi contre l'inflexibilité du comte de Lennox. Sous le silence de la comtesse, elle devina le gémissement maternel et la malédiction persévérante de son beau-père. Elle n'insista plus de ce côté, et se jeta dans les manéges, dans les songes de sa passion pour Norfolk.

Elle s'y plonge et s'y complaît. Elle y revient sans cesse, dans ses correspondances, dans ses entretiens et jusque dans ses prières. C'est pour elle le bonheur, le trône, la restauration du catholicisme ; le port après la tempête, l'Éden après l'enfer des cachots.

L'évêque de Ross ayant eu la permission de la voir, elle ne lui parla que du duc de Norfolk. Elle imagina d'envoyer le pauvre évêque en ambassade à Rome pour obtenir un bref du pape contre son mariage avec le duc d'Orkney. Elle rédigea elle-même ses instructions en langue latine. Elle y exprime sa vive reconnaissance envers le pape, son absolu dévouement à la religion catholique, qu'elle s'engage à rétablir dans toute la Grande-Bretagne. Elle y adjure son ambassadeur de solliciter de la cour de Rome la déclaration solennelle de la nullité de son prétendu mariage avec Bothwell. Cette nullité incontestable sera beaucoup plus évidente alors, dit Marie. Elle pense qu'une telle déclaration serait de la plus haute importance, et que le mariage, entaché d'ailleurs de vices radicaux, ne subsisterait plus devant une décision du saint-père, la loi des lois pour toute la chrétienté. Ces paroles semblent fabuleuses, et elles sont cependant indubitables. Citons-les textuellement : « Cura diligenter, dit-elle à l'évêque de Ross, ut sanctissimus pater aperte declaret illud prætensum matrimonium, quod inter me et Bothwelem nullo jure sed simulata ratione sanctiebatur, nullius. Nam etsi multis de causis, quas nosti, satis illud per se sit plane irritum, tamen res erit multo clarior, si Sanctitatis Suæ sententia, tanquam Ecclesiæ lex certissima, ad illud dirimendum accesserit. »

Marie Stuart parler ainsi de son mariage avec Bothwell! Cela n'étonne pas seulement, cela épouvante!

Toutefois, c'est bien la même personne, hardie, romanesque, positive, à la fois femme, poëte et reine. Tout occupée du duc de Norfolk, elle amuse de ce nouvel amour sa captivité. Jusqu'à présent, elle a toujours aimé contre ses intérêts. En Norfolk, son amour et ses intérêts sont d'accord. Son mariage avec le duc doit sauver sa vie, sa liberté, sa couronne.