Le chœur de cette chapelle est le sanctuaire de toute noblesse. Ces stalles sculptées pour les chevaliers de l'ordre de la Jarretière, ces plaques d'or où sont gravées leurs armoiries, ce plafond gothique d'où flottent leurs pennons, ces vitraux, ce demi-jour, cet éclat voilé, ces vieux noms incrustés dans les métaux précieux jusque sous les ogives de la maison de Dieu, toutes ces choses pénètrent de la grandeur des traditions. Ces couronnes de comtes, de marquis, de ducs, de princes, de rois, quand on songe aux aïeux, semblent comme des couronnes de siècles ; les ombres de leurs drapeaux blasonnés apparaissent comme les ombres du temps et comme les crépuscules lointains de l'histoire. L'imagination est saisie de respect. Le voyageur même qui arrive républicain, avec l'âme démocratique de la France, s'incline un moment devant les souvenirs de l'aristocratie anglaise.
Ces souvenirs qui glissent des plis de tant de bannières n'étaient pas seulement vénérables, ils étaient sacrés sous Élisabeth.
Toute haute noblesse ouvrait Windsor, toute trahison en excluait.
Norfolk l'éprouva.
Le chapelain de Windsor, sur l'ordre du chancelier, monta en chaire, et fit pour cette solennelle circonstance un long sermon. Dans le premier point, il célébra les vertus d'Élisabeth, sa chasteté, son équité, sa clémence inépuisable ; dans le second point, il tonna contre les crimes de Norfolk, contre son ingratitude, ses parjures, ses trahisons. Le sens de tout le discours et de la péroraison fut que la mort du duc avait été bien douce, que la reine était trop bonne, mais que cependant il fallait la louer d'avoir cédé à sa miséricorde plus qu'à sa justice. Le sermon était à peine terminé que le héraut Jarretière s'avança dans toute la magnificence de son costume de cérémonie. Il décloua de la stalle où s'asseyait le duc la plaque armoriée des Howard ; il détacha du plafond leur glorieuse bannière, puis, l'ayant mise bas et traînée hors de la chapelle, il la foula aux pieds et la lança ignominieusement dans les fossés du château.
Après l'exécution de Tower-Hill, telle fut l'exécution de Windsor.
Marie Stuart avait attiré peu à peu le duc de Norfolk dans la trahison. Avant d'y consentir, il avait perpétuellement flotté entre le protestantisme et le catholicisme, entre la loyauté et la félonie. Malgré ses dénégations sur l'échafaud, le duc avait voulu déposer Élisabeth et rétablir le papisme. Il avait autorisé Ridolfi, le correspondant des nonces, à nouer des intrigues criminelles et à obtenir du pape, du roi d'Espagne, du duc d'Albe, des secours d'hommes et d'argent pour la double contre-révolution religieuse et politique dont il préparait les éléments, dont il amassait les orages. Les instructions de Marie Stuart et de Norfolk à Ridolfi sont conservées dans les archives secrètes du Vatican, et ne laissent aucun doute sur les intentions des deux illustres conspirateurs. Ces instructions sont confirmées et aggravées encore par l'interrogatoire de Ridolfi à l'Escurial.
Norfolk eut tort de balbutier, de sous-entendre une justification impossible ; il eut raison de se résigner sans murmure au jugement qui le frappait.
Marie, en cette cruelle conjoncture, ne poussa pas de ces rugissements terribles que lui arracha dans la maison du lord prévôt, à Édimbourg, sa séparation d'avec Bothwell. Pour ne pas achever de se compromettre jusqu'à la mort dans une cause qui était la sienne, elle amortit, elle étouffa ses sanglots. Elle resta trop maîtresse d'elle-même sous la terreur que lui inspirait Élisabeth.
Tout ce qu'elle a entrepris avec imprudence, tout ce qui est évident comme la lumière, elle le dément, selon sa coutume.