Elle n'a chargé Ridolfi d'aucune mission suspecte ; elle n'a pas songé à remettre son fils entre les mains de Philippe II.
« Si on dyt que j'ay imploré l'ayde du roy catholique en quelque sorte que ce soit pour susciter aulcune rebellion en ce païs, cella est faux et malitieusement controuvé. »
Elle va plus loin. Après avoir nié résolument la conspiration, elle renie presque Norfolk :
« Le duc de Norfolc est subjet de cette royne, duquel elle peut veriffier les soubçons conçus contre luy, si aulcuns en y a ; mais, voyant l'estat présent où il est, je ne me trouve, Dieu mercy, si dépourveue de sens, que je ne cognoisse combien peu me servyroit d'avoir aulcune intelligence avec luy, et le danger que par ce moyen je pourrois encourrir. »
Plus tard, elle revient un peu sur cette lettre à M. de La Mothe-Fénelon. Dans un moment de honte et dans un réveil de courage, elle lui écrit :
« Je suis bien marrie de l'intention de ceste royne à l'endroict du duc de Norfolc, et prie Dieu qu'il la veuille retourner. »
Puis après l'exécution de la sentence (à lord Burleigh, 10 juin) :
« J'ai receu la triste nouvelle… » et rien de plus.
Quelques écrivains ont reproché à Marie Stuart son insensibilité. C'était la peur, hélas! qui opprimait la reine d'Écosse, malgré son audace, et qui la rendait prudente. Le danger était pressant. Le parlement d'Angleterre, en demandant l'exécution du duc de Norfolk, avait supplié Élisabeth, dans la même pétition (28 mai), de livrer au bourreau Marie Stuart. Élisabeth, violemment tentée, n'osa pas encore… mais Marie trembla.
J'ai retrouvé, au plus fort de ses épreuves, avant et après son arrêt de mort, deux témoignages qu'on lira. Ils montreront qu'elle n'oublia point, et combien amèrement elle dut pleurer, dans l'ombre de sa prison, ce généreux amant qu'elle appelait « My Norfolk, » et qu'elle avait poussé au supplice.