L'Écosse ne substitua pas le roi au pape dans les affaires religieuses ; elle en confia le gouvernement à une sorte de consistoire composé de pasteurs et d'un certain nombre de laïques. Les réformateurs écossais n'admirent pas non plus la hiérarchie ecclésiastique, et abolirent l'épiscopat. Chaque ministre fut déclaré le pair d'un autre ministre, et l'égalité fut constituée dans la communion presbytérienne. Cette égalité, qui entretenait presque la pauvreté du prêtre, ou du moins qui le condamnait à une aisance modeste, combla de joie la noblesse. Elle s'était emparée des immenses richesses de l'Église catholique qui absorbaient plus de la moitié du territoire, et elle se crut dispensée de les restituer, même en partie, à un clergé sans épiscopat, sans représentation, sans luxe. Les seigneurs prélevèrent seulement sur les revenus annuels des biens ecclésiastiques une espèce de modique liste civile qui fut affectée aux besoins des ministres, dont l'abnégation dès l'origine fut admirable. Ainsi naquit l'Église presbytérienne, qui puisa dans son désintéressement, autant que dans l'élection directe par la multitude, une force incalculable et tout à fait indépendante de la royauté. Les ministres furent les apôtres de cette Église. John Knox, dont nous reparlerons, en fut le saint Paul. Le peuple par conviction, les nobles par amour des nouveautés et des biens ecclésiastiques, se rallièrent presque unanimement à la confession de foi, et l'éclosion de l'Écosse au presbytérianisme fut consommée.

C'est ici qu'apparaît dans toute sa gravité la faute de Jacques V contre lui-même et contre sa race. Une dynastie appuyée sur la France, sur l'Espagne et sur Rome, une nation soutenue par l'Angleterre, une royauté et un peuple s'accusant mutuellement d'hérésie et se maudissant au nom de Dieu, voilà la situation faite par Jacques, le jour où, placé entre l'Église et la réforme, il opta pour l'Église, et s'engagea contre la réforme dans une guerre à outrance. J'insiste sur cette considération qui, dès le début, explique toute la suite des événements de cette histoire, comme une lampe suspendue à l'entrée d'un monument en éclaire du seuil toutes les profondeurs.

LIVRE II.

Marie Stuart à la cour de France. — Son éducation. — Ses liaisons avec les poëtes. — Les Valois. — Catherine de Médicis. — La duchesse de Valentinois. — Marie Stuart fiancée au Dauphin. — État des partis. — La réforme s'étend. — Antoine de Navarre. — Le prince de Condé. — L'amiral de Coligny. — Les Guise. — Claude de Lorraine et ses six fils. — Mort de Henri II. — Avénement de François II et de Marie Stuart. — Les Guise, nouveaux maires du palais. — Procès d'Anne Dubourg. — Conspiration d'Amboise. — Le chancelier de L'Hospital. — Mort de François II. — Douleur de Marie Stuart. — Elle se retire au couvent de Saint-Pierre à Reims. — Elle se décide à retourner en Écosse. — Vers de Ronsard. — Fontainebleau. — Partie de Saint-Germain, Marie Stuart arrive à Calais.

Retournons un peu sur nos pas, et revenons en France, à Saint-Germain, où grandit Marie Stuart.

L'imagination se plaît à la saisir, d'abord enfant, puis jeune fille, toujours belle, dans les détours de ce château de briques, entre la rivière semée d'îles riantes et l'immense forêt peuplée de sangliers, de biches et de chasseurs. Marie aimait ce palais. Elle y achevait son éducation d'Inch-Mahome. Son intelligence s'éclairait à toutes les lueurs, s'éveillait à tous les bruits. De sa fenêtre, tantôt elle regardait le ciel étoilé, tantôt elle croyait entrevoir sur les flots les jeux des naïades de la Seine. Du haut des balcons aériens, elle prêtait l'oreille aux sons du cor et suivait, à ces fanfares des bois, pendant de longues heures, les drames variés des chasses féodales.

« Son goust fut de tout temps aux vesneries, » a écrit d'elle Chastelard.

Dès son arrivée à Saint-Germain en Laye, elle dressait ses petites mains à lâcher et à rappeler le faucon.

Henri II avait à Saint-Germain la plus belle vénerie de l'Europe. Le chenil en était le principal bâtiment. C'était un autre palais, un palais bâti en briques comme le palais du roi.

On y menait Marie, pour la récompenser et la distraire, à l'heure où les chiens rentraient et se précipitaient par les portes, par les fenêtres basses vers leurs loges. Alors on préparait dans des auges innombrables leur repas, qui consistait en une soupe à la viande, au pain d'orge, de seigle et de froment, puis on criait : A table! à table! et Marie applaudissait avec ardeur à l'irruption des chiens sur leurs auges. Quand ils étaient repus et qu'ils s'étaient désaltérés au ruisseau de la vénerie, le transport de la jeune reine était le même lorsqu'en les sifflant on les attirait encore dans leurs loges où l'on avait renouvelé, durant le repas, leur litière de maïs et de paille.