Cette fraîche époque de la vie de Marie Stuart a été travestie par le roman. L'histoire lui doit un souvenir et une page.
Marie se fait remarquer dès lors par ses talents naissants. Sa conversation précoce étonne, sa grâce séduit tous ceux qui l'approchent. Son oncle, le cardinal de Lorraine, en parle avec orgueil et complaisance à la régente d'Écosse :
« … Vostre fille est creue et croist tous les jours en bonté, beauté et vertus. Le roy passe bien son temps à deviser avec elle, et elle le sçait aussi bien entretenir de bons et sages propos comme ferait une femme de vingt-cinq ans. »
Dans une autre lettre, le cardinal observe avec plus d'ambition que de piété qu'elle « est fort dévote. » Cette dévotion, du reste, ne l'empêche pas de se livrer à toute la mobilité de ses fantaisies et à toute l'impétuosité de ses instincts. Elle danse jusqu'à ce qu'elle tombe épuisée. Elle s'enivre de bals, de spectacles, de concerts. La musique lui cause des frémissements électriques, et les poëtes, qu'elle inspire déjà, déposent à ses pieds des guirlandes de vers, des couronnes de fleurs :
En vostre esprit le ciel s'est surmonté,
Nature et l'art ont en vostre beauté
Mis tout le beau dont la beauté s'assemble.
(Joachim du Bellay.)
Au milieu du printemps, entre les liz naquit
Son corps, qui de blancheur les liz mesmes vainquit ;