Et les roses, qui sont du sang d'Adonis teintes,

Furent par sa couleur de leur vermeil dépeintes ;

Amour de ses beaux traits lui composa les yeux,

Et les Graces, qui sont les trois filles des cieux,

De leurs dons les plus beaux cette princesse ornèrent,

Et pour mieux la servir les cieux abandonnèrent.

(Ronsard.)

Marie, tout étincelante de parure, caressée, adorée, devint l'un des enchantements de la cour des Valois. « Nostre petite reinette écossoise, disait Catherine de Médicis, n'a qu'à sourire pour tourner toutes les testes françoises. » Elle fut élevée dans ce mirage. Fiancée au Dauphin, plus heureuse de ce bonheur que fière de sa couronne d'Écosse, la charmante princesse jetait déjà des regards de souveraine sur cette cour brillante qui était à ses pieds et qu'elle devait gouverner un jour.

Elle voyageait, selon les saisons et toujours avec un jeune et nouveau plaisir, de résidence en résidence royale, de Saint-Germain au Louvre, du Louvre à Chambord, de Chambord à Fontainebleau, le lieu des délices, de la chasse et de l'amour. Elle admirait naïvement tous les arts, dont les chefs-d'œuvre ornaient ces belles demeures, les toiles du Titien et de Léonard de Vinci, les fresques du Primatice, les dessins de François Clouet, les monuments, les chapelles, les sculptures de Philibert Delorme, de Pilon, de Cousin et de Jean Goujon.

Elle cultivait aussi les lettres. Elle savait le grec, le latin, l'italien, l'espagnol et le français. Elle composa dans l'idiome et dans le style de Cicéron, à la mode de Florence, une harangue sur l'aptitude des femmes aux sciences de l'esprit, et elle la récita devant le roi Henri II, aux applaudissements de toute la cour. Elle se complaisait dans la conversation de Ronsard, de Joachim du Bellay, de Baïf, de Jodelle, d'Amadis Jamyn, de Remi Belleau, de Pontus de Thiard, de Pierre Ramus, des poëtes et des humanistes. Elle préférait cependant, quoi qu'en disent les doctes biographes, les entretiens des jeunes seigneurs, le soir, dans les galeries de François Ier et de Henri II, ou le matin des jours d'été, le long des canaux, dans les sentiers des parcs, au bord de l'étang et des fontaines jaillissantes. Comme un peu plus tard sa sœur Marguerite de Valois, non moins savante qu'elle, le mot qu'elle désirait le plus prononcer et entendre dans toutes les langues du Nord et du Midi, c'était le mot : amour, le mot de cette cour galante, chevaleresque et corrompue.