« Madame, écrit-elle à Élisabeth, j'aurai recours au Christ, notre juge, pour mon pauvre enfant et pour moi-même. Au nom du Sauveur donc et devant lui, séant entre vous et moi, je vous dénonce cette dernière conspiration comme une trahison contre la vie de mon fils. »
Puis, faisant un retour sur sa captivité, Marie énumère tous ses griefs, toutes ses misères, toutes ses avanies. Elle demande des soulagements, un prêtre pour la consoler, deux femmes de chambre de plus pour la soigner. Elle implore la liberté, un lieu de repos hors de l'Angleterre.
Elle se calme à la fin, cesse de menacer et supplie. « Vous peut-ce être jamais honneur ni bien, que mon enfant et moi soyons si longtemps séparés et nous d'avec vous, nous qui vous touchons de si près en cœur et en sang?
« Reprenés, ajoute-t-elle, ces anciennes arrhes (erres, errements) de vostre bon naturel ; obligez les vostres à vous mesmes ; donnés moy ce contentement avant que de mourir, que voyant toutes choses bien remises entre nous, mon ame, délivrée de ce corps, ne soyt contrainte d'espandre ses gémissements vers Dieu, pour le tort que vous aurez souffert nous estre faict icy bas ; ains, au contraire, en paix et concorde avec vous, départant hors de ceste captivité s'achemine vers luy, que je prye vous bien inspirer sur mes très justes et plus que raisonnables complainctes et doléances.
« Vostre très désolée plus proche cousine et affectionnée sœur,
« Marie, R. »
Cette lettre vint s'émousser sur le cœur inflexible d'Élisabeth. Les persécutions ne cessèrent pas, et la reine d'Angleterre, après des alternatives diverses, s'empara de loin de l'esprit de Jacques VI par les seigneurs écossais, qu'elle pensionnait. Elle acheva de désespérer ainsi Marie Stuart, qui craignit de plus en plus que son fils ne fût perdu à toujours pour elle et pour le catholicisme.
Marie, cependant, feignait avec Élisabeth. Elle continuait de la flatter des lèvres, lorsqu'une circonstance cruelle réveilla toutes les passions assoupies dans le sein de la reine d'Écosse. Son emportement méprisa le danger. Elle oublia sa faiblesse et la toute-puissance de son ennemie. Elle avait eu souvent recours à l'éloquence, à la prière. Poussée à bout, elle se servit du sarcasme comme de son arme naturelle ; elle l'aiguisa et le trempa dans le venin de sa haine si longtemps dissimulée.
Elle avait été des années l'amie de la comtesse de Shrewsbury, la femme de son hôte de Sheffield. Soit jalousie vraie, soit désir de plaire à Élisabeth, la comtesse prit soudainement ombrage de l'intimité de Marie Stuart et de lord Shrewsbury. D'accord avec ses deux fils, Charles et William Cavendish, elle publia partout son déshonneur, prétendant qu'il y avait une liaison coupable entre le comte et la reine d'Écosse.
La pauvre captive, innocente cette fois, demanda justice de sa calomniatrice ; et comme elle trouvait qu'on était lent à la lui faire, elle eut une imagination diabolique : ce fut de se venger, par un coup à deux tranchants, d'Élisabeth et de la comtesse, alors à la cour de Greenwich.
Voici comment et par quelle lettre :