Il arriva en Angleterre dans les premiers jours de 1586. Dès le mois de juillet 1585, il avait été vanté à Marie Stuart par Charles Paget, dont il avait surpris le cœur. Il avait captivé en même temps par sa grâce, par ses manéges, Babington alors à Paris, Morgan, l'archevêque de Glasgow, et don Bernard de Mendoça. Il avait été initié à tous les secrets.

Député de Reims à Londres pour stimuler la conspiration et les conspirateurs, il fut gagné par Walsingham.

Du mois de février au mois de mars, il logea chez Phelipps, secrétaire du ministre. Il s'arrangea une vie mystérieuse. Il s'insinua dans les conciliabules des conjurés. Il les pratiqua tous, et pas un ne lui fut inconnu. Il noua des liaisons avec M. de Châteauneuf, le plus défiant, le plus austère des diplomates, et il le conquit à demi. Il conquit entièrement Cordaillot, le secrétaire chargé, à l'ambassade de France, de toutes les correspondances et des affaires de la reine d'Écosse. Recommandé vivement à cette princesse par tous ses amis du comité catholique siégeant à Paris, sous la double influence de l'archevêque de Glasgow et de don Bernard de Mendoça, Marie le regardait comme une Providence, et le recommandait à son tour à tous les partisans de sa personne et de sa cause en Europe.

Cet homme s'appelait Gilbert Gifford : c'était son nom de famille. Ses noms de guerre furent tour à tour Pietro, Barnaby, Thomas Cornelius. Il descendait d'une ancienne maison du comté de Stafford, et le château de son père était situé à peu de distance du château de Chartley, circonstance dont il profita pour donner à son rôle un air plus vraisemblable et un tour plus facile. Il avait passé huit ans chez les jésuites, qui l'avaient élevé. Il était fort jeune et le paraissait encore plus. Son unique ambition, disait-il, était de servir le catholicisme en servant Marie Stuart. S'il ne pouvait la tirer de prison et lui préparer le trône, il espérait au moins adoucir son isolement en faisant pénétrer jusqu'à elle les lettres de ses serviteurs et les consolations de ses amis. Il avait des manières tantôt élégantes, tantôt pieuses, tantôt cordiales, selon ses interlocuteurs. Il avait vécu en France, voyagé en Espagne et en Italie. Il était versé dans la théologie, dans la politique et dans les belles-lettres. Il savait toutes les langues sans accent étranger. Ses cheveux blonds, son teint mat et plombé, pâli comme par le jeûne ; sa physionomie mobile, mêlée de finesse et de candeur, intéressaient. Il parlait et il se taisait à propos. On l'écoutait et on s'épanchait. C'était le caméléon de la police britannique et de la société de Jésus.

Au milieu de mars 1586, Gifford était le maître de la conspiration. Il avait tout disposé par ses machinations pendant deux mois. Chaque chose alors était prête, et chacun était à son poste.

Précisons bien la situation. Charles Paget et Morgan recevaient à Paris toute la correspondance européenne de Marie Stuart. Les lettres des partisans de Marie, ils les adressaient à l'ambassade française, qui les envoyait à Chartley ; les lettres de Marie, l'ambassade les dépêchait à Morgan et à Charles Paget, qui les faisaient rendre à tous les représentants de leur chère maîtresse dans les cours étrangères. Tout passait de Charles Paget et de Morgan à l'ambassade, de l'ambassade à Marie Stuart, et réciproquement. Mais entre la reine et l'ambassade, quel était l'intermédiaire? Un seul homme, toujours le même, auquel, il est vrai, tout le monde se confiait. Cet homme était Gifford.

Toute correspondance venait à lui : celle de Claude Hamilton et de Courcelles, accrédités par Marie en Écosse ;

Celle de Liggons, accrédité en Flandre ;

Celle de lord Paget et de sir Francis Englefield, accrédités en Espagne ;

Celle du docteur Lewis, accrédité à Rome ;