Celle de l'archevêque de Glasgow, accrédité en France ;
Celle de tous les amis de Marie Stuart, dans toutes les contrées.
Ces innombrables correspondances aboutissaient au bureau de Cordaillot, où Gifford prenait et apportait à pleines mains. On ne voulait ni on ne pouvait l'éviter. Il était le centre de tout.
Le premier soin de Gifford fut de demander à Cordaillot l'énorme paquet laissé par M. de Mauvissière à M. de Châteauneuf, et qui n'avait pas été remis à cause de la vigilance sévère de sir Amyas Pawlet. De concert avec Cordaillot, Gifford divisa ce paquet en paquets plus petits, afin, disait-il, de diminuer les chances d'être surpris. Cordaillot admirait ces précautions, et la fidélité de Gifford lui en paraissait plus assurée.
Gifford sortait de l'ambassade par la porte opposée à la rue qui menait à l'hôtel de Walsingham. Mais après dix minutes de marche il se retournait, et, de ruelles en carrefours, il courait triomphant chez le ministre. Introduit sans retard, il lui apprenait son succès, et il déposait en même temps sur la table les divers paquets dont il était chargé. Phelipps, appelé, débrouillait toutes les lettres avec les chiffres que Cherelles, un ancien secrétaire de M. de Mauvissière et de M. de Châteauneuf, avait dérobés à la reine d'Écosse, puis vendus à Walsingham. Lorsque les extraits les plus importants avaient été désignés par le ministre et recopiés par Gifford, Phelipps recachetait les lettres avec de faux cachets très-exacts qu'il avait fait exécuter d'après les cachets de Marie Stuart et de ses correspondants.
Tout allait bien. Mais une difficulté se présenta qui contraria vivement Walsingham. Gifford répugnait à hanter le château de Chartley, où tant de surveillance était exercée, de peur d'être démasqué aux yeux de la reine ou du moins soupçonné. Il imagina de corrompre, soit un soldat, soit un domestique du gouverneur qui serait dans le secret. Walsingham approuva cet expédient. Sir Amyas Pawlet s'y opposa, par respect pour l'honneur militaire et pour sa propre dignité.
Pendant que le ministre s'efforçait d'incliner à ses désirs le gouverneur, Gifford trouva un autre expédient qui fut accepté, et sur lequel Pawlet ferma les yeux.
Il y avait à une lieue de Chartley un brasseur qui, chaque semaine, selon l'usage d'Angleterre, expédiait sur une petite charrette un baril de bière à la reine captive, pour elle et pour sa maison. Gifford apprivoisa sans peine, avec de belles paroles et de bonnes guinées, le brasseur, qui consentit à tout ce qu'exigerait celui qui parlait et qui payait si bien.
Sûr de sa voie de communication, Gifford fit tailler un grand étui de bois de chêne, à ressort, facile à ouvrir, facile à fermer. Il y glissa les lettres adressées à Marie Stuart, et, après l'avoir clos hermétiquement, il le jeta par la bonde du baril, replaça le tampon, et donna ses instructions au brasseur, qui avertit le sommelier de la reine d'Écosse. Le sommelier prévint le premier secrétaire de Marie, Nau, qui retira lui-même l'étui, s'empara de ce qu'il contenait, se réservant de l'introduire plein des réponses de sa maîtresse, dans le baril vide, au prochain voyage du brasseur.
La correspondance, devenue aisée par ce stratagème ingénieux, prit une nouvelle activité, et les lettres se croisèrent entre Chartley et l'Europe avec une rapidité merveilleuse.