Mis en jugement le 13 septembre 1586, condamnés le 17, ces téméraires compagnons de plaisir et d'intrigue furent exécutés en deux actes : le 20, Babington, Barnewell, Tichbourne, Dunn, Charnock, Savage, Ballard, et les autres le 21.

Les raffinements de cruauté légale, si familiers à la procédure criminelle du XVIe siècle, furent épuisés sur les conjurés. Ils furent conduits tout chancelants à Saint-Giles, et éventrés vivants. Leur mort fut le triomphe du tourmenteur fanatique s'acharnant sur des proies humaines. Ce fut la vengeance brutale de l'esprit puritain contre des cadavres. Tous ces hommes furent courageux, mais ils étaient moribonds avant le supplice. Il y eut cependant encore je ne sais quoi de chevaleresque dans le trépas de Babington, et dans celui de Ballard je ne sais quoi de religieux ; lueurs suprêmes, pâles et derniers reflets des habitudes de ces âmes dont les corps étaient brisés par la torture!

Quelques historiens ont pensé qu'il y eut deux conspirations : une conspiration contre la vie d'Élisabeth, à laquelle Marie fut étrangère, et une conspiration pour la délivrance de Marie, la seule dont elle fut complice. Par suite de leur système, ces historiens estiment que tous les passages de la lettre de Marie qui ont trait à l'assassinat d'Élisabeth ont été interpolés par Phelipps, établi à Chartley.

D'autres historiens soutiennent l'avis contraire. Selon eux, la contradiction apparente qu'on relève dans cette lettre pouvait échapper à Marie au milieu du trouble où elle était, tandis que Phelipps, cet esprit froid, logique, toujours si maître de lui, l'aurait certainement évitée. Elle n'est, au reste, que dans les termes. Marie, lorsqu'elle parle d'Élisabeth, après avoir parlé de la besogne des six gentilshommes, suppose, sans l'exprimer, que le coup a manqué, et alors elle, ses amis et les catholiques auront tout à redouter des vengeances de la reine d'Angleterre. Ce qui achève de convaincre que Phelipps n'eut pas recours aux interpolations, c'est qu'elles lui étaient inutiles. Le dernier bill du parlement dirigé contre Marie ne la rendait-elle pas responsable de toute conspiration tentée en sa faveur? Phelipps n'avait pas besoin, pour perdre la reine d'Écosse, d'une conspiration contre la vie d'Élisabeth, il lui suffisait d'une conspiration destinée à bouleverser les institutions religieuses de l'Angleterre avec le secours de l'étranger.

Pour moi, ces probabilités contradictoires, m'inclineraient au doute sans les aveux formels de Babington. Nau et Curle confirmèrent à plusieurs reprises ces aveux. « Une partie de la lettre incriminée avait, déposèrent-ils, été écrite par Nau sous l'inspiration de Marie ; l'autre partie avait été écrite de la main même de la reine, et la lettre entière avait été chiffrée par Curle. » Nau alla plus loin. Il convint que sa maîtresse lui avait dicté, entre autres paragraphes, le paragraphe relatif à l'intervention des six gentilshommes qui devaient tuer Élisabeth.

Ces témoignages de Babington, de Curle et de Nau prisonniers, ont été repoussés et admis tour à tour. Mais leur véracité fût-elle une certitude historique, Marie Stuart n'eût-elle pas été plus sage que ses amis, elle trouverait encore grâce devant la postérité.

Captive depuis tant d'années contre tout droit humain et divin ; privée des égards dus à son rang et à sa naissance ; blessée dans ses amitiés, dans ses antipathies, dans les moindres élans de sa liberté, dans les plus minutieux détails de sa vie intime ; opprimée comme femme, outragée comme reine, torturée comme mère, il n'y aurait pas beaucoup à s'étonner qu'elle eût accepté tout entière la conspiration de Babington. Il faudrait l'en blâmer et l'en excuser ; ceux qu'il faut blâmer et flétrir, sans les excuser jamais, ce sont les ennemis qui la retinrent prisonnière, qui l'abreuvèrent d'humiliations, qui la jetèrent au delà de tous les conseils de la prudence, qui l'entourèrent d'espions, qui préparèrent le complot, et qui, en immolant cette grande victime, ne furent pas des prêtres, ainsi que des sectaires l'ont écrit, mais des geôliers, des provocateurs, des bourreaux.

LIVRE XII.

Sir Thomas Gorges. — Marie Stuart à Tixall. — Ramenée à Chartley. — Saisie de ses papiers. — Arrestation de Nau et de Curle. — Marie Stuart transférée à Fotheringay. — Vieille route. — Église. — Château. — Le Nen coule au pied. — Dernier horizon de Marie Stuart. — Poésie. — Ronsard. — Les Misères du temps. — D'Aubigné. — Les Tragiques. — Marie Stuart et Élisabeth. — Renouvellement de l'association protestante pour la sûreté d'Élisabeth. — Procès de Marie Stuart. — Sa condamnation à mort. — Sir Amyas Pawlet fait enlever le dais de la reine. — Lettres de Marie Stuart à Élisabeth ; — au pape Sixte-Quint ; à l'archevêque de Glasgow ; — au duc de Guise. — Enthousiasme religieux de la reine d'Écosse. — Hypocrisie d'Élisabeth. — Acharnement du parti protestant contre Marie Stuart. — Indifférence ou connivence de la France et de l'Écosse. — Les hauts commissaires à Fotheringay. — Lord Shrewsbury. — Le comte de Kent. — Détails. — Le dernier jour. — Les dernières heures. — Sensibilité, courage, ferveur de Marie Stuart. — Désespoir de ses serviteurs. — Supplice. — Le bourreau. — Le doyen de Peterborough. — Le comte de Kent. — Douleur feinte d'Élisabeth. — Joie du protestantisme. — Le cercueil de Marie Stuart à Fotheringay ; — à Peterborough ; — à Westminster.

Cependant Marie Stuart, ignorante des événements, resserrée de plus en plus à Chartley, vit arriver, le 8 août, un messager dans la cour du château. C'était sir Thomas Gorges, qui apportait l'ordre de la transporter à Tixall, donjon voisin de Chartley et qui appartenait à Walter Aston.