Courez au feu brusler, le feu vous gellera :
Noyez-vous, l'eau est feu, l'eau vous embrasera ;
La peste n'aura plus de vous miséricorde ;
Estranglez-vous, en vain vous tendez une corde ;
Clamez après l'enfer, de l'enfer il ne sort
Que l'éternelle soif de l'impossible mort.
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Ainsi, pendant que Ronsard gémissait, d'Aubigné criait vers le ciel et maudissait. La poésie même n'était plus une distraction, un adoucissement. Le nectar païen s'était changé en ce vin de colère et de sang que versent les anges de l'Apocalypse. Comment donc s'étonner du redoublement de ferveur de la reine? Rien n'était plus naturel ; il ne lui arrivait de partout que des récits atroces, que des chants affligés ou irrités. Quel autre refuge lui restait-il que son oratoire, où elle avait déposé ses derniers trésors, ses dernières consolations : son livre d'heures et son crucifix?
Quand Marie entra dans ce château, qui n'est plus aujourd'hui qu'un souvenir tragique, Élisabeth était décidée, et le dénoûment si longtemps attendu de cet affreux drame royal allait éclater après tant de lenteurs.
Ces deux femmes inspiraient un attachement passionné et une sainte haine. Les partisans de Marie voulaient assassiner Élisabeth, cette fille de Satan ; les partisans d'Élisabeth voulaient juger et tuer Marie, cette nièce des Guise, cette alliée de l'Espagne, cette amie du pape et cette ennemie de la réforme.