Elle écrivit à don Bernard de Mendoça, ambassadeur d'Espagne en France, le meilleur catholique de l'Europe et son ami éprouvé, le chargeant de signifier au roi, qu'il représentait si bien, qu'elle allait recevoir avec joie le coup de la mort de la main des hérétiques et pour la sainte Église, s'avouant heureuse de périr en si bonne querelle, et, puisque son fils ne retournait pas au giron de Rome, se félicitant d'avoir transmis son droit sur la couronne d'Angleterre à Philippe II, le prince le plus digne du gouvernement de cette île. « Faites, ajoutait-elle, que les Églises d'Espagne aient mémoire de moi en leurs prières. Vous recevrez un token (un présent) d'un diamant que j'avois cher pour estre celui dont le feu duc de Norfolk m'obligea sa foy et que j'ay toujours porté. Gardez-le pour l'amour de moy.

« Marie, R. »

Elle écrivit à l'archevêque de Glasgow, le principal et le plus ancien de ses partisans :

« … Je vous recommande mes serviteurs, tant souvent recommandez ; de nouveau je vous les recommande au nom de Dieu. Ils ont tout perdu, me perdant. Dites leur adieu de ma part, et les consolez par charité. Recommandez moy à la Ruhe, et lui dictes qu'il se souvienne que je luy avois promis de mourir pour la religion, et que je suis quicte de ma promesse. Je le requiers de me ramentevoir à tous ceux de son ordre (aux jésuites).

« Dieu soit avec vous et tous mes serviteurs, que je vous laisse comme enfants.

« Votre affectionnée et bonne maistresse,

« Marie, R. »

Elle écrivit au duc de Guise :

De Fotheringay, le 24 novembre 1586.

« Mon bon cousin, celuy que j'ay le plus cher au monde, je vous dis adieu, estant preste par injuste jugement d'estre mise à mort, telle que personne de nostre race, grasces à Dieu, n'a jamays receue, et moins une de ma qualité ; mais, mon bon cousin, louez en Dieu, car j'estois inutile au monde en la cause de Dieu et de son Église, estant en l'estat où j'étois. J'espère que ma mort et promptitude de mourir pour le maintien et restauration de l'Église catholique en ceste infortunée isle témoigneront ma constance en la foy ; et, bien que jamais bourreau n'ait mis la main en nostre sang, n'en ayez honte, mon amy, car le jugement des hérétiques, et qui n'ont nulle jurisdiction sur moy, royne libre, est profitable devant Dieu aux enfants de son Église ; si je leur adhérois, je n'aurois ce coup. Tous ceux de nostre maison ont tous esté persécutez par cette secte : témoin vostre bon père, avec lequel j'espère estre reçeue à mercy du juste Juge. Je vous recommande donc mes serviteurs, la décharge de mes dettes, et de faire fonder quelque obit annuel pour mon âme, non à vos dépens, mais faire la sollicitation et ordonnance comme sera requis, et qu'entendrez mon intention par ces miens désolez serviteurs, spectateurs de ceste mienne dernière tragédie.

« Dieu vous veuille prospérer, vostre femme, enfants et frères, et cousins, et surtout nostre chef, mon bon frère et cousin, et tous les siens ; la bénédiction de Dieu et celle que je donnerois à mes enfants puisse estre sur les vostres, que je ne recommande moins à Dieu que le mien, mal fortuné et abusé.

« Vous recepvrez des tokens de moy pour vous rappeler de faire prier pour l'âme de vostre pauvre cousine, destituée de tout ayde et conseil, que de celuy de Dieu, qui me donne force et courage de résister seule à tant de loups hurlants après moy : à Dieu en soyt la gloire!

« Croyez en particulier ce qui vous sera dit par une personne qui vous remettra une bague de rubis de ma part, car je prens sur ma conscience qu'il vous sera dit la vérité de ce que je l'ay chargée, spécialement de ce qui touche mes pauvres serviteurs et la part d'aulcun. Je vous recommande ceste personne, pour sa simple sincerité et honnesteté, à ce qu'elle puisse estre placée en quelque bon lieu. Je l'aie choisie pour la moins partiale, et qui plus simplement rapportera mes commandements. Je vous prye qu'elle ne soyt cognue vous avoir rien dit en particulier, car l'envye lui pourroit nuire.

« J'ay beaucoup souffert depuis deux ans et plus, et ne vous l'ay pu faire savoir pour cause importante. Dieu soit loué de tout et vous donne la grasce de persévérer au service de son Église tant que vous vivrez, et jamays ne puisse cet honneur sortir de nostre race, que, tant hommes que femmes, soyons prompts de respandre nostre sang pour maintenir la querelle de la foy, tous aultres respects humains mis à part ; et, quant à moy, je m'estime née du costé paternel et maternel, pour offrir mon sang en icelle, et je n'ay intention de dégénérer. Jésus crucifié pour nous et tous les saints martyrs nous rendent, par leur intercession, dignes de la volontaire offerte de nos corps à sa gloire!

« L'on m'avoit, pensant me dégrader, fayt abattre mon days ; et, depuis, mon gardien m'est venu offrir d'écrire à la royne, disant n'avoir fait cet acte par son commandement, mais par l'avis de quelques uns du conseil. Je leur ay monstré, au lieu du dit days, l'image de mon rédempteur. Vous entendrez tout le discours : ils ont été plus doux depuis.

« Vostre affectionnée cousine et parfaite amye,

« Marie,

« R. d'Écosse, D. de France. »

On voit par ces lettres combien Marie Stuart conservait toute sa présence d'esprit et de cœur, toute la liberté de son courage, toute la plénitude de sa sensibilité. Elle sanctifiait son émotion en face de la hache ; elle acceptait d'être immolée pour le catholicisme, après avoir été chassée, exilée, prisonnière pour lui ; elle tombait victime aussi des priviléges des trônes. Tous les princes orthodoxes, sa mère au ciel, la maison de Lorraine sur la terre, le pape, la postérité la béniraient. Dans l'exaltation de son dévouement, elle défiait la vengeance des hérétiques. Il lui suffisait de savoir qu'ils frappaient en elle bien plus qu'elle-même, les deux causes de toute sa vie, l'honneur des sceptres et la sainteté de la croix.

L'enthousiasme religieux de Marie Stuart étouffait en elle jusqu'à la nature. Ses droits à la succession d'Élisabeth, ses droits en Angleterre et ailleurs, elle en dépouillait le presbytérien Jacques VI, le fruit de ses entrailles, pour en revêtir qui? le grand inquisiteur couronné du catholicisme : le roi d'Espagne. Tant elle était résolue dans ses convictions, obstinée dans le rôle de la maison de Lorraine! Tant l'héritage d'un fils, cet orgueil des mères, surtout lorsque cet héritage est un trône, lui paraissait vain au prix de l'héritage du Christ!

Cependant l'opinion publique réclamait impérieusement la mort de Marie.

Élisabeth s'enveloppa de scrupules, d'hypocrisie, parla de son affection pour sa bonne sœur d'Écosse, et ajourna indéfiniment la passion publique afin de l'animer davantage.