M. de Châteauneuf, ambassadeur de France à Londres, et tout dévoué aux Guise, intervint en faveur de Marie Stuart.

Divers bruits dont il serait peu téméraire d'accuser la police d'Élisabeth, se répandirent alors de toutes parts. Une nouvelle conspiration allait fondre sur la reine d'Angleterre. Les ambassadeurs de toutes les cours papistes en étaient ; une flotte espagnole avait débarqué dans le pays de Galles ; le duc de Guise traversait avec une armée le comté d'Essex ; Marie avait tenté de s'évader pour le rejoindre ; mille poignards s'aiguisaient dans l'ombre contre Élisabeth. Il fallait se défendre. La multitude, débordée dans les rues de Londres, demanda tumultueusement la mort de Marie Stuart. Le parlement se réunit et témoigna son mécontentement à Élisabeth, la menaçant, si elle différait encore satisfaction à son peuple, de refuser tout subside pour la guerre des Pays-Bas. Les puritains de sa cour la supplièrent au nom du saint Évangile, les flatteurs et les ambitieux au nom de sa vie, si nécessaire à la prospérité, à l'existence même de l'Angleterre.

En même temps, pour constater devant l'Europe l'assentiment irrésistible de son peuple, Élisabeth fit crier dans tout le royaume la condamnation juridique de Marie Stuart. A Londres, le comte de Pembrock, accompagné de six comtes, du lord maire et des aldermen, présida lui-même à cette solennité barbare. Le fanatisme anglais salua d'applaudissements frénétiques l'arrêt de la chambre étoilée. Les cloches sonnèrent, les feux s'allumèrent, vingt-quatre heures durant, dans tous les quartiers de Londres, dans toutes les villes et dans tous les hameaux de l'Angleterre réformée.

Les comtés limitrophes du château de Fotheringay, les comtés de Rutland, de Warwick, de Cambridge, et surtout le comté de Northampton, sur lesquels s'exerçait plus immédiatement l'influence violente de Flechter, doyen de Peterborough, se distinguèrent par leur féroce enthousiasme de secte au milieu de cette fête d'inquisition protestante. La pauvre reine Marie vit les reflets des feux de joie sur les vitres de son donjon, et elle entendit, ô terreur! les carillons tragiques sonner sa mort du haut de tous les clochers voisins.

Élisabeth, avec une imagination d'hypocrisie qui n'a peut-être jamais été égalée, lutta jusqu'au bout contre toutes les manifestations, étalant toujours sa tendresse pour celle qui lui était si proche et qu'elle aimait en sœur. A la fin, après mille instances, elle céda comme vaincue par la justice divine et par le cri public.

Les ambassadeurs de France et d'Écosse, MM. de Châteauneuf et de Bellièvre d'une part, et de l'autre M. de Gray, sir Robert Melvil et sir William Keith, n'obtinrent rien, malgré leur protestation contre la condamnation de la reine d'Écosse, et contre l'exécution fatale. Élisabeth savait que son cousin Henri III lui pardonnerait d'abaisser et de dégrader, en la personne de Marie Stuart, la maison de Guise ; elle savait que Jacques VI, faible, dénaturé, gouverné par des favoris vendus à l'Angleterre, ne tirerait point vengeance de la mort de sa mère. On conjectura que M. de Bellièvre et M. de Gray avaient une mission occulte fort différente de leur mission ostensible, le premier autorisé par le roi de France lui-même, le second par les ministres de Jacques VI.

Il paraît avéré que M. de Bellièvre avait des instructions secrètes hostiles à Marie Stuart.

Dans des lettres qui m'ont été communiquées, inédites il y a trois mois, et dont quelques-unes viennent de paraître, j'ai noté deux petits fragments qui confirment cette hypothèse, et qui témoignent assez des dispositions de la cour de France à l'égard de la reine d'Écosse.

« Monsieur, » mandait M. de Châteauneuf, ambassadeur en Angleterre, à M. d'Esneval, ambassadeur en Écosse, « je depesche encore ce porteur exprès vers le roy pour le faict de la reine d'Écosse, laquelle a, je vous asseure, bien besoin d'estre secourue et assistée de S. M. ; et je crains que le peu de souci que l'on a de delà des affaires d'Angleterre ayde bien à perdre cette pauvre princesse. »

Et ailleurs :