Pour quiconque a eu quelque temps une intimité historique sérieuse avec des hommes de la trempe de Bellièvre, il n'est pas possible de s'abuser sur la portée de ses discours à Élisabeth. Il soutenait un rôle, et rien de plus. Sentant la reine d'Écosse perdue, il croyait avoir assez fait par sa pitié d'un moment et par ses deux lettres. Il se lava les mains sur l'assassinat monstrueux, et ne se méprit pas sur le plaisir qu'en ressentirait Henri III. Il songea seulement à sauver les apparences, à couvrir de belles paroles devant l'Europe l'honneur de son maître et son propre honneur.
Pomponne de Bellièvre était l'un des plus grands personnages de la cour et de l'État. Il avait manié les plus tragiques affaires. Froid, habile, un peu emphatique, il cachait sous l'autorité du magistrat toutes les souplesses du courtisan et du diplomate. Serviteur de quatre rois de la branche des Valois, leur ministre avisé et ambitieux, soit à l'intérieur, soit à l'étranger, il se trouva le premier prêt à l'avénement des Bourbons, et Henri IV fut son cinquième maître. Le Béarnais, qui connaissait toutes les aptitudes de Bellièvre, l'employa au conseil, aux ambassades, et le nomma chancelier. C'est lui qui traita de la paix avec l'Espagne, qui présida le parlement, qui détermina et qui prononça la sentence de mort « droit et ferme en sa barbe, » dans le procès du duc de Biron.
Tel était l'homme que Henri III envoya pour négocier on ne sait quoi auprès d'Élisabeth, et à qui il faut tenir grand compte du court attendrissement que nous venons de signaler.
La lettre qu'il écrivit alors à Marie Stuart parut accablante à la reine. Sa confiance en l'intervention des princes acheva de s'évanouir.
Elle avait encore un pas à faire dans la résignation ; elle le fit sans effort.
L'adversité avait rendu son cœur plus doux, plus pur, plus chrétien.
Elle ressemblait à ces sources d'eau exquise qui filtrent de terre entre les rochers sur les grèves de sa patrie. La mer d'Écosse couvre à certaines heures ces sources limpides de lames salées et d'écume ; à d'autres heures, en se retirant, elle leur restitue leur suavité première. Ainsi l'âme de Marie Stuart, douée d'une beauté native, retrouva sa vertu et sa sublimité originelles, lorsque les fanges de l'éducation et le flot orageux des passions qui l'avaient submergée d'abord, se furent écoulés.
M. de Bellièvre, arrivé à Londres le 1er décembre 1586, en repartit le 13 janvier 1587.
Élisabeth, cependant, n'appréhendait pas beaucoup plus Jacques VI que Henri III. Jacques, après ses parties de chasse, soutenait gravement à table, entre ses favoris, qu'un roi était plus qu'un fils, et que, sur le trône, on était moins tenu envers une mère qu'envers une alliée.
Il avait choisi pour son diplomate à Greenwich M. de Gray, qui fit aussi de beaux discours, mais qui disait à l'oreille d'Élisabeth : « Il n'y a que les morts qui ne mordent pas. »