Claude fonda ainsi la politique et la popularité de sa maison.

Un matin qu'escorté de ses six fils il était venu rendre ses devoirs au roi : « Mon cousin, lui dit François Ier, je vous tiens heureux de vous voir renaître avant de mourir dans une postérité de si belle espérance. »

Il laissa en effet après lui la famille la plus ambitieuse, la plus habile et la plus riche du royaume. Les six frères avaient à eux environ six cent mille livres de rente, que l'on peut évaluer au moins à quatre millions de notre monnaie. Le cardinal Charles de Lorraine possédait à lui seul presque la moitié de ce prodigieux revenu.

Ce prélat, que Pie V appelait le pape d'au delà des monts, était un négociateur à deux tranchants, fier comme un Guise, délié comme un Italien. C'est lui qui le premier conçut le plan d'une sainte ligue. Institution puissante sur laquelle il comptait pour faire monter sa maison, par les degrés du catholicisme, sur le trône des Valois. Il avait une dextérité si soudaine et des expédients si prompts, qu'on lui supposait un démon familier. Il ne se courbait avec déférence que devant le duc François, pour lequel il donnait l'exemple du respect à ses frères et aux plus grands seigneurs. Ce respect était universel.

Lorsque les Guise étaient à la cour, les quatre plus jeunes ne manquaient jamais de venir au lever du cardinal Charles ; puis de là ils allaient tous les cinq au lever du duc François, qui les conduisait chez le roi.

La situation du duc était à peu près celle d'un prince du sang. Il avait des pages, un aumônier, un argentier, huit secrétaires. Plus de quatre-vingts officiers ou gens de service mangeaient à ses tables. Son gentilhomme ordinaire M. de Hangest, et son maître d'hôtel M. de Crenay, étaient des personnages. Il n'y avait pas jusqu'à son valet de chambre, Denis, qui ne fût fort courtisé.

Sa vénerie, gouvernée par Verdellet, abondait en chiens « de toute sorte. »

Ses écuries étaient magnifiques. Elles étaient remplies de chevaux barbes qu'il tirait, par l'entremise de nos ambassadeurs et à grands frais, d'Afrique, de Turquie et d'Espagne. Il avait un goût vif pour les chevaux napolitains, et il lui en arrivait jusqu'à douze à la fois avec trente-six juments de la Calabre. Ils étaient marqués à ces trois lettres gravées, sur une plaque d'argent : Φ D G, initiales de François de Guise. Le Mouton et la Fleur de lis, ses chevaux favoris, étaient sous la surveillance spéciale d'Antoine Fèvre, chargé des écuries, du haras de Saint-Léger et de la sellerie. Fèvre était désigné dans la maison de Guise sous le titre de grand écuyer.

Les corps de l'État, les seigneurs briguaient la bienveillance du duc ; les souverains le ménageaient et le flattaient.

Le roi de Navarre lui annonce en ces termes la naissance de son fils, qui fut depuis Henri IV :