« Puisqu'il a pleu au Seigneur Dieu me fayre tant de bien que de m'avoir donné un fils, ce sera pour estre compaignon du vostre comme nous avons esté, estant jeunes et petits.

« Je ne veulx pas douter, lui écrit-il encore, que vous ne cognoissiez assez de quelle perfection d'amitié je vous ay toujours aymé. »

Les parlements de Rouen, de Dijon, de Bordeaux, de Toulouse, presque tous les parlements du royaume, lui envoient des députations.

Le parlement de Paris « se recommande très-humblement à sa bonne grace, et le supplie de lui donner audience. »

Le maréchal de Brissac et M. de Brezé s'inclinent en toute occasion devant le prince lorrain.

L'orgueilleux connétable lui-même, Anne de Montmorency, lui écrit : Monseigneur, et Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Le duc de Guise lui répond : Monsieur le connétable, et Votre bien bon amy. Chose futile que l'étiquette à notre époque, mais admirable pour indiquer à l'histoire la mesure de la considération d'un homme au XVIe siècle.

Le duc de Guise éprouvait les passions politiques et religieuses de sa race. Il s'était persuadé, ainsi que les prêtres et le peuple, que lui et les Lorrains ses frères étant de sang catholique autant que de sang noble, la croix faisait partie de leur blason. Tous semblaient avoir reçu du ciel la mission de défendre l'Église. Car si la maison de Lorraine n'était pas la fille aînée de l'Église, elle en était la fille de prédilection. Le pape était le droit divin de cette maison, et elle était le droit armé, le droit héroïque du pape. A Rome on tenait les Guise pour une sorte de dynastie catholique et pour les chevaliers de l'orthodoxie.

Ils avaient puisé dans leur dévouement unanime, dans leur gloire, dans leurs revers, dans leur puissance identifiée aux destinées du catholicisme, dans leurs souvenirs et dans leurs espérances une invincible haine contre le protestantisme, contre l'hérésie. Cette haine devait être le premier balbutiement et le long combat des Guises. Race privilégiée et tragique, l'une des plus illustres de nos annales! Gentilshommes factieux ceints de la parole et du glaive, dont le forum était tantôt un champ de bataille, tantôt un carrefour des halles ; dont les rues de Paris étaient les forteresses, dont la tribune errante était leur cheval de guerre, et dont la grande mine affrontait tour à tour, sans pâlir, une armée, un peuple ou un roi!

Le plus grand des Guise, celui qui avait le plus ajouté à l'éclat et au prestige de son nom, c'était incontestablement le duc François. Il était l'idole du peuple, qu'il gouvernait à son gré. Il l'avait apprivoisé à ses manières, à sa voix et jusqu'à son costume. Lorsque, escorté de quatre cents gentilshommes, il sortait de l'hôtel de Guise, monté sur son genet noir, avec son pourpoint et ses chausses de soie cramoisie, avec son manteau et sa toque de velours surmontée d'une plume rouge ; lorsque, son épée au côté, cette épée que le duc de Parme estimait la meilleure de la chrétienté, il se dressait, comme à la bataille de Dreux, sur ses étriers, quoiqu'il fut de grande taille, pour voir de plus haut et plus loin, la foule accourait, folle de joie, sur son passage, inondait la ville qu'elle semait de fleurs en criant dans son ivresse : Vive, vive notre duc! Le duc se penchait courtoisement à droite et à gauche, nommant l'un, puis l'autre, saluant les hommes, les jeunes gens, les vieillards, souriant aux femmes et aux enfants, le vrai roi, le roi des cœurs, le roi du peuple et de la cour, le roi de Paris, des Tournelles et du Louvre. Presque tous l'aimaient, et tous ceux qui ne l'aimaient pas le craignaient.