Marie Stuart était petite-fille de Marguerite, sœur aînée de Henri VIII, et par conséquent petite-nièce de ce monarque. Il avait laissé trois enfants à sa mort : Édouard VI, fils de Jeanne Seymour ; Marie, fille de Catherine d'Aragon ; et Élisabeth, fille d'Anne de Boleyn. Édouard et Marie régnèrent successivement. Élisabeth devint à son tour reine d'Angleterre. Henri VIII avait fait trancher la tête à Anne de Boleyn et annuler son mariage ; Élisabeth avait été déclarée bâtarde par un acte du gouvernement, puis rétablie par un autre acte dans tous ses droits et reconnue enfant légitime. L'Angleterre l'avait proclamée reine à Westminster.
Henri II, par une cupidité superbe et malhabile, prépara bien des orages à Marie Stuart, qu'il aimait si tendrement. Il exigea, et la jeune fiancée du Dauphin consentit de l'aveu des Guise, un acte de donation, daté du 4 avril 1558, par lequel elle transmettait au roi de France, quel qu'il fût, son royaume d'Écosse et tous ses droits au royaume d'Angleterre, « advenant le cas qu'elle décedast sans hoirs procréés de son corps, que Dieu ne veuille! »
Le mariage célébré, Henri II, de plus en plus obstiné dans son orgueil, ambitieux pour sa maison, déclara que Marie Stuart saisirait la première occasion de soutenir ses prétentions au trône de la Grande-Bretagne ; et il ordonna qu'elle prît le titre et les armes de reine de France, d'Écosse et d'Angleterre.
Le cardinal de Lorraine se hâta de renouveler la vaisselle de sa nièce, et il y fit graver avec complaisance le triple blason des Valois, des Stuarts et des Tudors.
Élisabeth s'indigna, et cette âme altière ressentit une de ces haines implacables qui ne s'éteignent que dans le sang.
Cette haine s'accrut encore lorsque, par le coup de lance de Montgommery, Marie et François montèrent sur le trône, fronts adolescents ornés d'une tiare laïque, de trois couronnes royales.
Leur avénement fut l'avénement des princes lorrains.
Le duc de Guise disposa des armées, le cardinal de Lorraine des finances. Ils furent les maîtres de l'État, et toutes les bassesses s'entassèrent à leurs pieds. Ils étaient de taille à gouverner. Rien n'échappa à leur dictature, et Buchanan remarqua avec vérité, que, dans tout le royaume de France, on ne pouvait disposer ni d'un soldat ni d'un écu sans leur concours.
Ils devinrent sous François II des maires du palais.
Jamais moment ne fut plus solennel dans l'histoire.