Une aurore sanglante se lève sur l'Europe. Les guerres de religion sont proches.

Philippe II opprime les Pays-Bas, menace sourdement l'Angleterre, et assiste à Valladolid, avec toute sa cour, à un auto-da-fé où quarante réformés des deux sexes expirent dans les flammes. Un incident éclate au milieu de cette fête barbare. Un pauvre condamné, connu du roi, se tourne vers lui, et s'agenouillant sur son bûcher, implore grâce. Philippe se lève ; on le croit touché, malgré sa figure impassible. On attend avec anxiété. « Point de grâce, dit le roi d'une voix haute, point de grâce à l'hérésie! Si le prince, mon fils, l'héritier de mon trône, était à ta place, j'allumerais moi-même son bûcher. »

A Rome, Paul IV soudoie les délateurs, encourage les dénonciations, construit des prisons et les remplit de suspects. Les exécutions sommaires se multiplient. L'inquisition frappe à coups redoublés. Paul IV, par une bulle, soumet nominativement à ce redoutable tribunal évêques, primats, cardinaux, comtes, barons, marquis, ducs, rois, empereurs, et jusqu'au pape… « si le pontife romain lui-même venait à tomber dans l'hérésie ou dans le schisme. »

En France, les Guise brûlent de signaler leur zèle contre le calvinisme. Ils veulent à la fois humilier la réforme et abaisser les puissantes maisons de Bourbon et de Châtillon.

Le roi n'est pour eux qu'un instrument, un jouet. Leur nièce, Marie Stuart, les seconde. Supérieure, fanatique, ambitieuse pour ses oncles, elle adopte leurs plans et les insinue au roi dont elle est adorée.

Les protestants tremblent.

Les Guise les provoquent par le procès d'Anne du Bourg et de quelques autres conseillers au parlement.

Le quatrième jour du règne de François II, ce procès fut commencé.

Anne du Bourg n'avait qu'un tort, c'était d'être un héros. Il se serait méprisé s'il eût consenti à taire sa foi. Il aspirait au contraire à la confesser. Il avait parlé librement, en présence de Henri II, contre les supplices infligés aux huguenots, et il était traduit, pour son généreux courage, devant les tribunaux catholiques composés de ses ennemis. C'était un stoïcien du calvinisme, un de ces hommes qui n'ont qu'une loi, la conscience, et que la perspective du bûcher vers lequel ils marchent sans pâlir anime d'une sublime intrépidité et d'une sainte joie.

Du Bourg se prépara lentement.