Marie Stuart à Calais. — Elle s'y arrête une semaine. — Son portrait. — Caractère du XVIe siècle. — Regrets de Marie Stuart. — Ses vers. — Elle s'embarque le 15 août 1561. — Une partie de son escorte la suit en Écosse. — Adieu à la France. — Traversée. — Débarquement au port de Leith. — Les nobles écossais viennent au-devant de la reine. — Pressentiment de Marie Stuart. — Arrivée à Holyrood. — Double protestantisme, l'un politique, l'autre religieux. — Réception à Holyrood. — Le grand prieur. — Le duc d'Aumale. — Le marquis d'Elbeuf. — Le maréchal Damville. — Castelnau de Mauvissière. — Chastelard. — Strossi. — La Guiche. — Brantôme. — La Noue. — Lord James Stuart. — Le comte de Morton. — Lord Ruthven. — Lindsey. — Lord Huntly. — Maitland. — Robert Melvil. — Kirkaldy de Grange. — Marie dépêche Maitland à Élisabeth. — État religieux de l'Écosse. — Knox, l'âme de la réforme. — Ses conversations avec Marie Stuart. — Ils se séparent ennemis.

La reine s'arrêta toute une semaine à Calais avant de se séparer de son cher cortége, au milieu des sanglots et des larmes. Elle était alors dans tout l'éclat de la jeunesse et de la beauté.

Elle avait dix-neuf ans. Sa taille était grande, animée, flexible. Tous ses mouvements étaient faciles, toutes ses attitudes charmantes. Sa démarche, tantôt languissante, tantôt rapide, toujours inimitable, avait un essor naturel, un pas aérien qui paraissait glisser plutôt que se poser. Ronsard et Joachim du Bellay nommaient Marie Stuart la dixième muse. Mais, en dépit des poëtes, je ne sais quoi de voluptueux dans toute sa personne invitait à l'amour, et trahissait la femme sous l'immortelle.

Son front, haut et bombé dans la partie supérieure, avait une dignité fière armée d'intelligence et d'audace. Son oreille était petite ; sa tempe palpitante. Son nez délicat était aquilin comme le nez aristocratique des Guise, chez qui ce noble trait ne dégénéra qu'après le Balafré, dans le prince de Joinville, son fils. Les joues roses et blanches de Marie Stuart rappelaient, dans leurs teintes harmonieuses, le beau sang mêlé de Lorraine et d'Écosse.

Ses longs cils, qui voilaient un peu l'ardeur de ses regards, ne parvenaient pas à leur communiquer la suavité du sentiment. Ses yeux bruns, d'une transparence humide et ignée, dardaient l'éclat brûlant de la passion, et ils auraient manqué de douceur sans leur forme exquise que relevait encore l'arc pur et délié des sourcils.

Deux plis se dessinaient aux extrémités d'une bouche frémissante dont le sourire brillait comme un rayon de soleil.

Le menton délicieusement arrondi de la jeune reine inclinait à se marquer une seconde fois dans les imperceptibles linéaments d'un contour inférieur.

Ses cheveux d'un blond cendré, auxquels, par caprice, il lui arrivait souvent de n'ajouter aucun ornement, lui seyaient à ravir et répandaient autour d'elle un phosphore.

Sa figure, d'un ovale allongé, imposante et mobile, passait sans cesse de la sévérité à l'enjouement. On en saisissait vite néanmoins le caractère permanent et l'expression sérieuse. Les grâces y voltigeaient à l'envi, mais la passion résolue, profonde, aveugle, y résidait.

Elle portait la tête moins avec la noblesse étudiée d'une reine qu'avec la libre majesté d'une déesse à laquelle la comparait l'imagination mythologique de son siècle. Seulement la déesse était une femme dont la poitrine respirait des flammes et contenait des philtres irrésistibles.