Elle savait tout son charme et ne fuyait pas les occasions de le montrer. Elle se servait peu de masque, malgré l'exemple des dames de la cour. Elle pliait à ses convenances jusqu'à la mode. Même aux processions elle marchait à visage découvert, sa grande palme à la main, et, sous une modestie feinte, elle triomphait avec une joie secrète d'éclipser toute parure et toute beauté par sa présence.
Charles IX, après le départ de Marie, regardait sans cesse le portrait qu'elle avait laissé au Louvre. Il la proclamait la plus charmante princesse du monde. Il estimait son frère François heureux malgré sa mort prématurée, puisqu'il avait goûté un instant l'ambroisie d'une telle femme. Lui-même, si elle fût restée en France, aurait voulu l'épouser avec une dispense du pape.
L'admiration pour Marie Stuart ne se bornait pas à la France et à l'Écosse ; elle était européenne.
Comment s'en étonner quand on connaît ses portraits?
Le plus surprenant peut-être, je l'ai découvert à quelques milles de Dalkeith. C'est un fragment de buste, un profil mutilé, dans la manière des têtes de Henri II et Henri III par Germain Pilon. Ce buste de Marie a été brisé, creusé, et néanmoins respecté par le temps. La physionomie s'échappe des traits taillés dans la pierre, dont les profondes grenures semblent recéler une âme, et cette âme jaillit en éclairs de vie sous tous les accidents de la lumière et de l'ombre.
Les autres portraits de Marie Stuart, et ils sont nombreux, qu'il m'a été donné de voir à Versailles, à Eu, à la Bibliothèque Sainte Geneviève, à Saint-James, à Windsor, à Hampton-Court, à Holyrood, sont d'une beauté rare. Tous, dans leur variété brillante, retiennent une merveilleuse unité qui témoigne à la fois de la ressemblance de Marie et du génie des artistes de la renaissance.
Marie Stuart, à Calais, était vêtue en grand deuil blanc d'une robe de velours, selon la coutume des reines de France. Elle portait une guimpe découpée à pointe de dentelle. Son voile empesé se recourbait au-dessus de chaque épaule. Ses manches de toile d'argent étaient étroites en bas et bouffantes en haut. Sa chevelure, lisse sur la tête, était crêpée au-dessus des tempes et se rattachait par derrière avec des nœuds de ruban. Un bonnet léger lui descendait en cœur sur le front et couvrait, sans les cacher, trois rangs de perles de la plus belle eau. Un collier d'autres perles, qu'elle préférait à tous ses joyaux, ruisselait de son cou.
Une gibecière, de même velours que sa robe, était suspendue à sa ceinture. Marie, à côté du petit sifflet d'or dont se servaient les princesses de ce siècle pour appeler leurs gens et leurs pages, enfermait dans cette sorte de poche les nouveautés littéraires dont elle était fort friande. C'était la place habituelle d'un Ronsard magnifiquement relié. L'édition sortait des presses de Robert Estienne, qui l'avait soignée autant que ses meilleures éditions classiques. Il en avait affiché les épreuves, selon sa coutume, avec promesse d'une généreuse récompense pour chaque faute qui lui serait signalée. Ronsard, ce beau génie trop méconnu aujourd'hui, était alors l'idole de la cour, de la ville et de l'Europe, à tel point que Brantôme demandant un jour à Venise, chez un libraire, les Œuvres de Pétrarque, un grand seigneur italien, fort renommé par son esprit, lui en fit un reproche en disant : « Quand on a le bonheur d'être le compatriote de M. de Ronsard, comment peut-on songer aux poëtes étrangers qui lui sont tous si inférieurs? »
A l'exemple de ses contemporains, Marie Stuart aimait donc Ronsard ; et, par un tour de coquetterie dans le goût du XVIe siècle, elle avait fait de son poëte favori une élégance de sa toilette.
La séduction était tellement sa nature qu'elle l'exerçait, dès le berceau, sur tout ce qui l'entourait. A l'âge de dix ans, dans un voyage du roi Henri II à Amboise, elle le retenait, au dire du cardinal de Lorraine, et le captivait par sa conversation enfantine.