Prompte, mouvante, passionnée, de fort bonne compagnie, les beaux esprits aussi bien que les jeunes seigneurs et les catholiques la nommaient leur reine. Elle était assez folâtre ; mais une lueur sinistre traversait par moment sa gaieté.
Elle avait la voix très-douce et très-pénétrante. Ses entretiens étincelaient de verve et d'imagination. L'ironie la plus acérée, la meilleure, l'ironie française, était son arme terrible contre ses ennemis. Lorsqu'elle ne pouvait les combattre autrement, elle les blessait par un sarcasme. Elle mettait autant de courage que d'imprudence à frapper ainsi les forts, qui ne manquèrent jamais de se venger.
Elle chantait bien et jouait du luth avec les mains les plus belles. La forme et la couleur de ses gants étaient toujours imitées. Ses pieds étaient chaussés avec une recherche minutieuse.
Elle excellait à la danse et à la chasse. Elle montait à cheval mieux qu'une amazone. Elle n'avait dans ses écuries que des chevaux turcs, barbes, et des genets d'Espagne. Elle dédaignait la selle à planchette de velours, et elle était l'une des premières à la cour qui eût osé mettre la jambe sur l'arçon, ce qui donne plus de grâce, l'air plus hardi et plus fier.
Sa libéralité allait au delà de toutes ses ressources. Elle n'était pas seulement généreuse, elle était prodigue par grandeur.
Ses habitudes n'étaient point paresseuses, mais plutôt actives. Elle portait dans le plaisir autant d'impétuosité que ses oncles dans la gloire ou dans la politique. Trop Lorraine de sang et d'éducation pour n'être pas pétrie de ruse, elle aurait pu être homme d'État comme Élisabeth, si elle n'eût été plus femme que princesse. Toute la diplomatie de sa race, toutes les intrigues de son génie, elle les déploya dans les innombrables drames de ses passions successives. L'amour, sa vocation, était pour elle ce qu'était la guerre pour les hommes de sa maison : une fatigue et un bonheur. Elle était toujours prête à conquérir, à subjuguer.
Dans ce temps, où les femmes mangeaient comme les héros de l'Iliade et de la Ligue, Marie Stuart tenait encore plus au luxe des mets qu'à leur nombre ou à leur saveur. La musique de son repas était mélodieuse, et le service de sa table d'une délicatesse extrême. Les perdrix grises y étaient argentées et les perdrix rouges dorées au bec et aux pattes. Les serviettes s'y embaumaient avec des sachets de fleurs. La reine était sobre sur le vin ; mais elle y était difficile, et il le lui fallait exquis.
Elle avait les sens les plus rares, et les plus subtils esprits semblaient présider au jeu de tous ses organes. Son électricité était délicieuse et terrible. Le parfum de sa personne s'insinuait dans les cœurs et les agitait d'un mal incurable. Elle paraissait, et les poitrines les plus froides étaient embrasées. D'un regard, d'un sourire, d'une parole, d'une caresse, elle pouvait troubler toute une vie.
Sous le tartan écossais elle était charmante ; mais s'habillait-elle à la française, à l'espagnole ou à l'italienne, elle était adorable. Jamais elle ne montait les degrés d'une fête, qu'elle n'eût inventé quelque nouvelle fantaisie de toilette. Poëte, elle appliquait son imagination à sa parure, et ce n'était pas sa moindre poésie. Elle était un poëte et un poëme à la fois, un poëme vivant.
Ses vers furent l'un des bégaiements rhythmiques les plus harmonieux et les plus suaves de notre langue. Même aujourd'hui ils conservent un accent, un battement, une larme secrète du cœur qui consacrera une fois de plus pour l'avenir le plus reculé la renommée de celle qui ne peut être oubliée, tant elle a de titres au long souvenir de la postérité et tant elle tient l'immortalité par des prises diverses!