Rome s'émut, s'arma, s'organisa. Elle multiplia les missions, s'abrita sous les gouvernements. Elle fit éclater sur les rebelles à la vieille suprématie du pape, toutes les foudres spirituelles et temporelles. L'âme nouvelle de l'humanité était la plus forte. Ni le clergé, ni les moines prêcheurs, ni la régente, ne purent comprimer l'explosion religieuse de l'Écosse. Là, chez ce peuple fervent et obstiné, en face de la maison de Stuart et de la maison de Guise, la Bible traduite en langue vulgaire pénétra partout. Chaque château, chaque tour, chaque chaumière devint un sanctuaire pour les Écritures. Elles cessèrent d'être le patrimoine exclusif des prêtres. Par une heureuse substitution de la pensée à la matière, du Verbe à l'idole d'argile ou de bois, les deux Testaments furent dès lors, sous tous les toits des montagnes et des plaines, ce qu'étaient les pénates dans l'antiquité. Le livre sacré fut le dieu lare, le dieu familier et domestique de tous les foyers écossais.
Quand une doctrine est plus qu'un syllogisme pour une nation, quand elle est un amour, on doit être sûr de son triomphe.
C'est ainsi que l'Écosse accueillit la réforme.
L'apôtre et le théologien de ce grand mouvement fut John Knox. Il était doué des facultés les plus merveilleuses pour un propagateur d'idées. Convaincu, intrépide, éloquent, il avait dans le caractère ce mélange de finesse et d'audace qui distingue le génie de l'Écosse. Knox était à la fois un héros et un négociateur. Sous son voile de sainteté, dans l'intérêt de la cause qu'il représentait et du but qu'il poursuivait, il savait se montrer, selon les circonstances, tantôt hardi comme Wallace, tantôt délié comme Lethington.
Il était de haute taille. Son aspect athlétique imposait au peuple et l'impressionnait vivement. C'était un Titan révolutionnaire, un élément à face humaine. Sa voix ne parlait pas, elle tonnait. Ses yeux lançaient des éclairs. Ses cheveux sous l'inspiration paraissaient comme agités par le vent de Dieu. Son geste commandait. C'était un Danton biblique. Il y avait en lui du prophète et du tribun, et son influence politique égalait son influence religieuse. Menacé, chassé, exilé à plusieurs reprises, il revient toujours plus résolu. Il plie sous l'orage avec souplesse et se relève avec une vigueur que rien ne lasse. Il a l'énergie inépuisable de sa foi.
Cette foi était profonde, ardente, implacable. Elle s'était allumée aux bûchers que le gouvernement avait dressés dès 1524, et où il avait précipité en foule les partisans de la réforme introduite par Martin Luther.
Knox se sentit embrasé de zèle et d'indignation. Il éclata comme citoyen et comme croyant. Il comprit qu'il y avait pour lui, dans les évolutions de cette réforme sainte, une immense destinée.
Il se jeta tête baissée dans l'action.
Après la mort de Jacques V, le comte d'Arran, devenu régent d'Écosse, se montrant favorable aux doctrines régénératrices, Knox prêcha violemment contre le papisme. Mais bientôt la versatilité du comte mit l'apôtre en grave péril. Désigné par les haines catholiques aux ressentiments du pouvoir civil, Knox se cacha, et il était à la veille de quitter l'Écosse en fugitif, lorsqu'un asile sûr lui fut généreusement offert. Cet asile, la Wartbourg du réformateur écossais, fut, dans la province de Lothian, le château du laird Douglas.
Telle fut la retraite où Knox mûrit tous ses plans et se prépara dans le silence, dans la méditation, à l'apostolat de l'idée nouvelle, et, s'il le fallait, au martyre.