Ce ne fut ni la politique, ni l'ambition, qui la décida dans le choix d'un époux ; ce fut l'amour.

Le comte de Lennox avait été proscrit et ses biens confisqués. Il vivait retiré en Angleterre avec sa famille. La comtesse, sa femme, ne partageait pas sa sombre résignation. Elle se flattait de changer la fortune ; et quand elle regardait Darnley, son fils, elle osait penser à faire un roi de ce charmant exilé. Obsédée de ses desseins, elle échappa à la surveillance réelle ou feinte dont l'entouraient les agents d'Élisabeth, et elle pénétra en Écosse. Elle se rendit à Édimbourg, fut reçue à Holyrood par la reine, s'insinua dans son esprit, et obtint la grâce du comte de Lennox. Marie convoqua un parlement où le comte de Lethington, secrétaire d'État, parla au nom de sa souveraine :

« Milords et autres, ici assemblés, bien que, par les choses qu'il a plu à Sa Majesté de vous déclarer très-gracieusement de sa propre bouche, vous soyez déjà suffisamment informés du sujet de cette assemblée,… cependant je me propose de vous exposer les mêmes choses, en y donnant un peu plus d'étendue.

« On sait que, pendant la minorité de Son Altesse, on a instruit le procès du comte de Lennox, et prononcé contre lui une sentence de confiscation, pour certaines offenses qu'on l'accusait d'avoir commises. Ces offenses sont spécifiées dans l'acte de parlement rendu à ce sujet, et c'est pour ce motif qu'il est depuis si longtemps en exil et absent du pays de sa naissance. On a vu combien son sort est pénible par les requêtes qu'il a fait parvenir à Sa Majesté. Elles contiennent les soumissions les plus humbles et les plus convenables. Elles rendent témoignage de son parfait dévouement à Sa Majesté, sa princesse naturelle, et de son plus ferme attachement au très-humble service de Son Altesse, s'il plaisait à Sa Majesté d'user envers lui de clémence, et de le faire jouir du bénéfice de sujet. Plusieurs considérations ont incliné Son Altesse à écouter favorablement la requête de ce seigneur : l'ancienneté de sa maison, son nom, l'honneur qu'il a d'appartenir à Sa Majesté par les liens du sang, à cause de milady Marguerite, tante de Son Altesse, ainsi que d'autres motifs déterminants… De plus, Sa Majesté est portée, par la bonté de son naturel, à avoir compassion des maisons qui tombent en décadence, et elle aime beaucoup mieux, ainsi que nous l'avons entendu de sa propre bouche, favoriser et l'élévation et le soutien des anciennes maisons, que de devenir l'instrument de la ruine et du renversement des bonnes races.

« C'est pour travailler à cette affaire qu'il a plu à Sa Majesté d'assembler aujourd'hui, vous, milords et messieurs, les trois états de son royaume. »

Le parlement déféra aux désirs de la reine (décembre 1564). Il abolit l'acte de confiscation contre Lennox, et le comte réhabilité rentra dans les biens et dans les dignités de ses ancêtres. Marie appela près d'elle cette famille proscrite qui était la sienne, sans oublier Darnley, dont la comtesse lui avait si souvent parlé.

Darnley se hâta de venir. Il joignit la reine à Wemys-Castle (16 février 1565). Dès qu'elle le vit, elle l'aima. Éprise de sa bonne mine et de ses empressements, elle dit à lady Seaton que c'était l'homme le plus beau et le plus galant qu'elle eût jamais rencontré.

Le cœur de Marie fut comme frappé de la foudre. Elle ne résista pas à cette impression soudaine. Elle y céda avec sa facilité ordinaire. Que lui importaient tous les inconvénients politiques? Se satisfaire était son unique loi. L'impétueux instinct, l'irrésistible entraînement étouffèrent en elle tous ses scrupules de reine. Elle refusa les princes, et déclara hautement son intention d'épouser Darnley.

« Elle use, écrit Paul de Foix à Catherine de Médicis, des mesmes offices envers le fils du comte de Lenos (Lennox) que s'il estoit son mary, ayant, durant sa maladye, veillé en sa chambre une nuict tout entière… »

Le même ambassadeur ajoutait, dans une autre lettre :