Ils avaient représenté le cardinal de Lorraine portant dans un sac le pâle François II, qui, pour ne pas étouffer et respirer un peu, essayait de passer à travers l'ouverture sa tête mélancolique et juvénile.

Ils avaient peint le cardinal Granvelle, le ministre de Philippe II, l'ami de la reine d'Écosse, couvant des œufs d'où sortaient des reptiles mitrés, tandis que Satan aux pieds fourchus l'applaudissait et disait : Voici mon fils bien-aimé.

Ils gravèrent à des milliers d'exemplaires burlesques, après ses noces, Marie Stuart valsant avec Darnley aux sons du luth de Riccio. Craig, un ministre presbytérien, retiré dans l'ombre, les regardait du mauvais œil, et la couronne tombait à terre.

Ces images sur papiers gris étaient transportées et répandues dans les villes et dans les campagnes. Des colporteurs les affichèrent jusque dans la Canongate, à quelques pas d'Holyrood.

Les discours sur la reine étaient sans frein. On parla de la déposer.

Stuart Ochiltree n'avait été que l'orateur de la passion publique, lorsqu'il s'était écrié au milieu de l'assemblée des nobles qu'il ne reconnaîtrait jamais un papiste pour roi.

« Soyons contents, disait le comte de Morton ; nous allons être gouvernés par un bouffon, un enfant imbécile et une princesse impudique. » Il désignait ainsi Riccio, Darnley et la reine. « … Roullard, écrivait Paul de Foix à Catherine de Médicis, vous dira la gratieuse et aysée vie de la dite dame, employant tous les matins à la chasse et le soir aux dances et masques. »

« Ce n'est pas une chrétienne, vociférait Knox, ce n'est pas même une femme, c'est une divinité païenne. C'est Diane ou Vénus. »

Néanmoins, tout en cédant à l'amour, Marie Stuart avait été dupe d'une trame ourdie par Élisabeth elle-même.

Il était naturel et juste que la reine d'Écosse voulût obtenir pour son mariage l'agrément d'Élisabeth, dont elle et ses enfants devaient être les héritiers. De son côté, Élisabeth qui, par ambition et par orgueil, était décidée à ne se point donner un maître, désirait, par jalousie et par haine, que Marie Stuart restât veuve. La reine d'Angleterre se révoltait en pensant qu'il lui faudrait transmettre son trône aux descendants d'une rivale qu'elle abhorrait. Tels étaient ses vrais sentiments et telle fut d'abord sa politique. Mais, douée de ce coup d'œil pratique des choses qui ne permet pas l'illusion, Élisabeth comprit que le mariage étant la nécessité de Marie Stuart, rien ne pourrait empêcher l'accomplissement du vœu le plus cher de la reine d'Écosse et de son peuple. Elle songea alors à Darnley pour éviter des concurrents plus redoutables à son repos et à son envie. Cependant, tout en favorisant sourdement ce mariage, elle le regrettait et le déplorait. De là sa mauvaise humeur, ses persécutions contre la famille de Lennox, sa rage redoublée contre Marie Stuart, ses menées souvent contraires, selon les mouvements impétueux de sa passion ou les calculs réfléchis de sa politique ; de là les ténèbres qui couvrent sa conduite en lutte avec son désir primitif, dont la réalisation lui avait paru impossible ; de là les nuages qui obscurcissent la lumière de la vérité dans cette noire et souterraine intrigue, où l'esprit puissant d'Élisabeth imagina et exécuta, au milieu de mille fluctuations qui se heurtent, ce que son cœur détestait.