Nous nous taisions ; je le regardais, pénétré de l’horreur qui était en train de s’accomplir. Il tourna la tête vers moi et me dit :

— Vous savez : la petite jeune fille qui était avec nous dans le train… Comment l’appeliez-vous ?

— Marion ?

— Marion… C’est cela… je l’ai revue à Aklansas une huitaine de jours après que nous y étions arrivés. Je l’ai aperçue dans la rue. Elle était avec cette espèce de danseuse…

— Marjorie ?

— Oui… Drôle de phénomène entre parenthèses…

— Vous leur avez parlé ?

— Non. C’était deux ou trois jours avant mon départ. J’étais en plein dans mes préparatifs.

— Mais, dis-je, songeur, je croyais que la pauvre petite devait, le jour même de son arrivée à Aklansas, gagner Swinnah, où elle avait de la famille… Je l’ai laissée dans la gare. Elle attendait qu’on vînt la chercher…

— Ah !… fit Spiers avec indifférence… C’est qu’au dernier moment elle aura changé d’avis et aura préféré courir sa chance à Aklansas…