— C’est ici l’école de M. Sqwal ?
— Oui.
— Vous n’avez pas vu cette personne qu’on appelle la Mère et qui dirige une société antialcoolique ?
— Non. Elle était là hier. Je ne l’ai pas vue ce matin.
— M. Sqwal n’est pas là ?
— Je vais voir. Entrez au parloir.
Elle poussa la seconde porte et nous nous trouvâmes dans une petite pièce meublée d’une table de chêne et de chaises cannées. Au mur il y avait des quantités de gravures et de photographies. Une de ces photographies représentait, disait une inscription à l’encre, en bâtarde : « M. Sqwal au milieu de ses petits élèves ». On voyait un homme assis dans un fauteuil, ses grandes jambes maigres croisées, la chaussette tombant en accordéon sur la cheville, une tête toute petite, à la face ricanante, sur un cou de poulet. Tout autour de lui étaient groupés des enfants debout ; il en avait pris un sur ses genoux. Ils avaient tous la même expression : comme un air grave et hébété.
Sur une autre photographie on pouvait contempler « M. Sqwal jouant à colin-maillard avec ses petits élèves ». Sqwal, les yeux bandés, courait, avec ses grandes jambes et son ricanement, après une douzaine de gamins qui avaient l’air de tourner comme des chevaux au manège, sous la menace du fouet.
Il y avait enfin des diplômes, — beaucoup de diplômes : une Médaille d’Honneur de la Société de Pédagogie accordée à M. Sqwal « en récompense des services éminents rendus par ce pédagogue à la cause de l’enfance » ; une Mention Honorable de l’Exposition de San-Francisco de 1920… C’étaient des gravures de ce triste art officiel : des femmes symboliques, altières et voilées, posant majestueusement la main sur l’épaule d’enfants nus, qui levaient vers elles des yeux reconnaissants.
La concierge avait traversé la cour de son pas de jouet mécanique ; elle était entrée dans le bâtiment du fond dont la porte s’était rabattue sur elle avec bruit.