— Ah !… fit le nain, ouvrant les bras en signe d’ignorance.

Mais un grand diable, qui avait d’énormes moustaches noires de bandit et qui tricotait je ne sais quoi devant la fenêtre, avec deux longues aiguilles de bois :

— M. Sqwal a son école à Lossiemouth, dit-il. Ce doit être à la troisième ou quatrième maison à gauche en arrivant au village.

Lossiemouth est à un demi-mille environ d’Aklansas. Il s’était mis à neiger : une neige lourde, dense, dans la tombée de laquelle nous nous creusions notre route comme dans les herbes hautes d’une brousse. A partir de Saint-Patrick les maisons devinrent rares ; on n’apercevait plus que de loin en loin des usines et des gazomètres. La route était enfouie sous un bon pied de neige solide.

L’école du nommé Sqwal était à l’entrée du village. Nous n’en vîmes d’abord qu’un haut mur gris par dessus lequel se dressait le squelette noir et désolé d’un grand arbre. Il y avait dans le mur une petite porte avec une sonnette en cuivre.

Je tirai la sonnette ; la porte s’ouvrit comme sur le déclic d’un ressort… Nous entrâmes.

Une cour s’étendait devant nous. A droite nous avions le pavillon où devait loger le portier ; en face de nous un triste bâtiment en torchis du siècle dernier. Toute la façade de ce bâtiment était percée de fenêtres terriblement symétriques. Elles étaient garnies de rideaux de toile blanche unie.

Dans le petit pavillon deux portes étaient percées. Au-dessus de la seconde de ces deux portes il y avait une plaque d’émail blanc avec ce mot en lettres noires : Humanité.

La première porte était ouverte. Il en sortit une grande et grosse femme, à visage empourpré, vêtue d’un long tablier noir et qui, en marchant, se déplaçait tout d’une pièce, sans qu’un pli de son tablier bougeât ; on voyait juste ses pieds se mouvoir.

— Qu’est-ce que vous voulez ? demanda-t-elle d’une voix rude.