LVIII

Nous allâmes d’abord chez ces pauvres imbéciles de Buveurs d’Eau. Leur société devait avoir un nom plus solennel : Société de Préservation Anti-alcoolique… Ou quelque chose comme cela… Je ne l’ai jamais su et n’ai jamais essayé de le savoir.

En nous voyant entrer les vieux bébés se mirent naturellement à trembler et à bégayer de terreur : « Eux ! Les voilà encore ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! » et trois ou quatre d’entre eux se laissèrent glisser derrière les tables pour se mettre à l’abri.

— Assez ! leur criai-je. Tas de lamentables larves ! Je vous laisse à votre sort ! Mais je cherche la Mère… Où est-elle ?

L’un d’eux se leva, comme un gamin que le maître interroge, et, en se balançant sur ses hautes jambes, il me répondit :

— Nous ne savons pas. La Mère ne nous dit jamais…

— Allez ! Allez ! criai-je encore plus fort, en sortant mon revolver de l’étui. Ne vous fichez pas de ma figure ! Où est la Mère ? Ou je tire dans le tas…

Alors l’un d’eux, une espèce de petit nain à visage ratatiné comme une pomme qui vient de passer six mois dans le grenier, — sans un poil de barbe ni de moustache, un petit monstre inquiétant me dit :

— Peut-être est-elle chez M. Sqwal ?

— Où habite votre Sqwal ?