Nous restâmes seuls.
— Eh bien ! Monsieur Sqwal, dit Farquard, les choses vont-elles comme vous voulez ?
Il remplissait le verre du maître d’école.
— Monsieur Farquard, répondit Sqwal, vous me posez la question franchement ; je vous répondrai avec non moins de franchise. Les choses ne vont pas comme je veux. En ce sens que les journées sont trop courtes et que je ne puis venir à bout de ma tâche. Vous me croirez si vous voulez, Monsieur Farquard : il y a des moments où je suis en train de réfléchir à un problème de pédagogie, de sociologie… tout à coup la tête se met à me tourner sur les épaules et Mme Sqwal en est réduite à me poser des compresses d’eau glacée sur les tempes et sur le front.
— J’ai idée, en effet, dit Farquard très sérieusement, que la pédagogie est un rude métier. Je me demande comment vous pouvez faire pour vous y reconnaître au milieu de tous ces gosses dont pas un naturellement ne doit ressembler à l’autre… A votre santé, Monsieur Sqwal ! A la santé de Mme Sqwal et à la santé aussi de votre… ah ! comment appeler ça ?… de votre sacerdoce ?…
— De mon apostolat, dit Sqwal. Nous sommes en quelque sorte des apôtres laïques. Il ne faut entrer dans l’enseignement que quand on est prêt à se dévouer corps et âme pour ces bambins. Il m’arrive de réveiller Mme Sqwal la nuit et de lui dire : « Chère amie, avez-vous songé à donner son cachet de quinine au petit Chappelow ? » ou encore : « Chère amie, qu’est-ce que vous pensez de la phonomimie ? »
Il but une lampée d’alcool.
— Si encore vous étiez toujours récompensé de vos efforts ! dit Farquard.
— Qu’entendez-vous par là ? demanda Sqwal.
— Je veux dire tout simplement, Monsieur Sqwal, que, dans vos petits élèves ou leurs parents, vous devez bien souvent rencontrer des ingrats ?