— Eh bien ! je me le suis demandé pendant quelque temps, fit-il, sans se fâcher. Mais si tu savais tout ! Si tu savais tout ! Si tu savais tout ce que l’or m’a fait faire, tous les coins où il m’a traîné, tu te dirais, mon garçon, que ton explication est peut-être un peu simpliste… D’ailleurs, permets-moi de te le dire en passant : tu as une gueule à simplifier exagérément les choses…

— Tu as été riche ? lui demandai-je.

— Très !… Mon garçon, rappelle-toi qu’une nuit que j’étais saoul, j’ai donné à un homme qui, d’ailleurs, ne me demandait rien, tant d’argent !… ça faisait des tas de banknotes hauts comme ça… qu’avec ça il a pu faire bâtir une église, laquelle s’appelle Saint… ah ! saint… saint ?… Saint Chose ! preuve que je ne mens pas !

— Et maintenant ?

— L’Église ?

— Non… toi ? qu’est-ce que tu fais ?

— Imagine-toi, chère âme, que le richissime William Parker est devenu tout doucement, de fil en aiguille, préposé au service des inhumations de la noble cité d’Aklansas !… Ah ! mon gars ! tu ne rigoles plus ?… Je suis fossoyeur !… Inutile d’ajouter qu’à Aklansas la chose manque un brin de majesté… Un enfouissement rapide et désinvolte… Houp !… En route pour le Néant !… Tenons-nous bien !… Belle fin de carrière, pas ?… Donc, que voulais-je te dire ?

Ses yeux s’immobilisèrent sur je ne sais quelle image lointaine…

— Ah ! fit-il, tapant la table du poing. Tu cherches des outils ? Veux-tu les miens ?

— Oui, répondis-je, s’ils ne sont pas trop damnés…