— Tout ce qui touche à l’or ou va vers l’or est damné. Je te les vends dix dollars… C’est du solide et du sérieux.

Il s’était levé :

— Viens, me dit-il.

XV

Je le suivis. Il m’emmena à l’autre bout de la ville, dans la misérable cahute où il habitait et qu’il avait fabriquée de ses mains, avec de vieilles planches, des morceaux de tôle, des briques chapardées à droite et à gauche.

— Voilà, fit-il, en me montrant du pied tout un attirail de pioches, de pelles, etc., qui gisait dans un coin. Voilà le trésor. Tu en as pour tous les terrains, et, tu vois, tout ça, je l’ai acheté neuf, au temps de ma splendeur, — neuf, gauche, bête, mal adapté à la main de l’homme, mal trempé pour la lutte de l’or… Je l’ai refait !… Oui, mon garçon. A force de suer dessus, à force de m’écorcher les mains sur le manche des pioches, j’ai refondu tout ça, j’en ai fait des bibelots roublards, endurcis… Pour tous les terrains… La pelle plate à manche court pour le sable…

— Bigre ! m’exclamai-je. Pourquoi le manche est-il si court ?

— Feignant ! s’écria-t-il. Ne pose jamais de questions comme ça : l’or ficherait le camp à ton approche !… Parce qu’il ne faut pas travailler de trop haut et trop à ton aise… L’or est fait de la peine des hommes… Voilà la pioche légère pour la roche tendre… Le pic trempé et retrempé pour la pierre qui se défend… Tu as là sous les yeux toutes les péripéties de l’histoire.

Tout cela était bien un peu rouillé et détérioré. Mais j’y trouvais je ne sais quel air « professionnel » qui me plut. Ce n’était point de cet attirail d’amateur comme on en voyait aux vitrines des boutiques d’Aklansas.

— Bien, dis-je. Apporte-moi ça chez Zarnitsky.