— Voilà notre Eldorado, fit-il, — en souriant d’un sourire d’amant qui souffre, qui hait son mal et le chérit. Voilà les petites jouissances qui commencent. Vous verrez…
Je voyais déjà. J’étais saisi par quelque chose d’extraordinairement violent, et, à la fois, de doux et de douloureux. Cela ressemblait étrangement aux voluptueuses souffrances du jeu et de l’amour.
— Qui vous avait donné le conseil de venir ici ? Un ami ? demanda Patrice.
— Oui, répondis-je. Un homme qui est mort aujourd’hui et dont je bénis la mémoire… Mais d’ailleurs il n’y a rien à craindre. Nous n’avons fait qu’un tout petit coin du Sloo… Le Sloo est grand… Peut-être qu’il est là, l’or, à quelques milles d’ici…
— C’est très possible, fit Patrice, — quoique ce terrain ait quelque chose de mauvais et d’hostile. L’or est comme le gibier : même quand on ne le voit pas, on le flaire, et il y a je ne sais quoi, dans la couleur du sol, la silhouette des rochers, qui le fait pressentir. Le terrain de par ici est… oui… mort !… morne et vide… Rien qui soit de toutes les choses qui toujours accompagnent l’or : les sables verts, les cristaux… rien…
— Ne nous frappons pas ! lui dis-je. J’ai confiance… Demain…
— Demain, fit-il, dès que le jour poindra, nous partirons ensemble, vous et moi, laissant les chiens à longueur de corde, garder la tente. Nous ferons une fois de plus toute la crique et nous travaillerons un peu les rochers de base.
Comme nous aurions voulu être au lendemain ! Comme cette soirée, comme cette nuit, — nous dormîmes aussi peu l’un que l’autre, — nous parurent longues !
Vers deux heures du matin, comme ni Patrice ni moi, nous ne pouvions, les nerfs chargés d’électricité, nous endormir, je lui dis :
— Patrice ?