XXVIII

Le lendemain, à la petite pointe du jour, nous partîmes. Nous avions emporté des outils. Nous longeâmes d’abord toute la grève en suivant le bord de l’eau, jusqu’à un point qui, sur les cartes Bird au 20.000e, est indiqué à peu près par le deuxième o de Sloo ; puis nous revînmes à notre point de départ, en prenant, cette fois, par le milieu de la grève, à égale distance entre la rivière et des falaises. Puis nous repartîmes (il était à ce moment plus de onze heures et une petite pluie glacée s’était mise à tomber) en suivant le pied des falaises et en explorant les criques. De petits ruisseaux descendant des collines latérales venaient se perdre dans les sables du Sloo. Nous en remontâmes deux jusqu’à plus d’un demi-mille, ce qui nous força à grimper, de roc en roc, pendant plus d’une heure. Les rochers étaient pleins de grands oiseaux à tête de rapace et plumage gris tacheté de blanc, que je ne pus identifier. J’essayai d’un tirer un. Je dus le blesser à la patte. Furieux, il fonça sur moi avec ses grandes ailes qui claquaient comme des toiles, et, quand il fut à deux ou trois mètres de moi, sans doute eut-il peur, il se rejeta en arrière, reprit de la hauteur… Je vis qu’au-dessous de lui quelque chose de sanglant pendait.

En fait d’or, — rien.

Nous revînmes par les falaises. Elles sont couvertes d’une herbe rase, roussie, séchée par le froid et qui, sous le pied, se dissout en une sorte de poussière grise et fine comme de la cendre. De petits arbustes rabougris se débattent péniblement contre le vent glacé. Pas d’or. Aucune trace de terre aurifère.

Nous rentrâmes à la tente, trempés de sueur, exténués…

— Par le boomerang ! jurait Patrice. Vous n’avez rien vu ?

— Rien…

— Moi non plus ! Terre damnée ! Ce sont les démons qui nous ont amenés par ici. Celui qui vous a donné le renseignement est un fieffé coquin…

Pendant toute la soirée nous épiloguâmes là-dessus.

Nous étions nerveux, agités d’une sorte d’angoisse fébrile, — mais du reste pas découragés, — non, pas encore. D’ailleurs quel est donc l’homme des placers qui, jamais, s’est découragé ? Quel est donc le joueur que le sort contraire à lassé ?