Le lendemain, nous repartîmes, plus tôt encore, — en pleine nuit.

Nous poussâmes notre expédition, à belle allure, sans desserrer les dents, jusqu’à une falaise rouge, où nous avions vaguement aperçu, à travers la brume, de grandes zébrures sombres, qui pouvaient être des filons…

Nous n’atteignîmes la falaise qu’à deux heures après midi, et, tout de suite, d’un seul coup d’œil, nous comprîmes qu’il n’y avait rien là pour nous. C’étaient des traînées de cristaux énormes, fort beaux, d’améthystes, qu’on nous eût peut-être payés un assez bon prix chez les bijoutiers d’Aklansas. Mais nous n’étions pas hommes à nous rabattre sur ces demi-trésors.

Nous aurions été plus bas encore dans la misère et dans l’échec et l’on nous aurait tendu, pour nous détourner du but, cent, mille, dix mille dollars que nous aurions, je crois bien, repoussé tout cela, tellement l’or est chose folle, tellement nous étions fous et, dans notre folie, profondément désintéressés.

XXIX

Nous rentrâmes fort tard, allongeant le pas, soufflant, sans mot dire, forcés, pour nous guider dans les ténèbres complètes, de suivre le bord de l’eau.

Nous fûmes accueillis par les hurlements des chiens, qui, n’ayant pas mangé depuis dix-huit heures, trouvaient le temps long.

— Ah ! Patrice ! dis-je. Ça va mal !

Je m’étais jeté sur le grabat.

— Allons, dit l’Indien. Vous n’allez pas déjà vous laisser abattre !