J’étais sorti dans le jardin, où cela sentait bon !… Je me rappelle ce parfum : de printemps, d’œillets poivrés, de terre humide et chaude, de jeunesse et d’amour… Au-dessus de ma tête, un ciel de velours noir, éclaboussé d’étoiles !… Quelque chose de fou !

J’allais… et tout à coup je sentis qu’Elle était là, à côté de moi… Je lui pris la main, une petite main tiède et grasse. Elle me dit :

— Nous allons aller jusqu’à la grille et voir s’il n’y a pas de lettres dans la boîte…

Nous y allâmes. Rien dans la boîte. En agitant les feuillages, nous fîmes faiblement tinter la clochette cachée dans les vignes vierges…

— Revenons, dit-elle.

Et nous remontâmes l’allée, où les petits cailloux criaient sous nos pas, — et au moment où nous allions tourner le coin de la maison, il se passa quelque chose d’inouï : je l’attirai à moi, la serrai contre moi, en tremblant, et je l’embrassai, sur la tempe, sur ses cheveux…

— Que faites-vous ? me dit-elle.

— Ah !… Marion !… Marion !… répondis-je.

Je me réveillai… Le cœur me battait dans la poitrine !

XXX