Le sixième jour, — cela se passait le matin, assez tard, j’étais resté au lit, exténué et, aussi, bizarrement agité par ce rêve… Marion ! Marion ! Quel chemin souterrain elle avait l’air de faire en moi !… Patrice, qui, lui, était sorti, et de bonne heure à la pointe du jour, rentra, trempé jusqu’à la ceinture, dégouttant d’eau.
Il me dit :
— Je viens de traverser le Sloo et c’est d’ailleurs une assez désagréable opération. C’est plein de sables mouvants. On ne sait pas où poser le pied. J’ai failli trois ou quatre fois y rester.
— C’est idiot, lui dis-je. D’autant plus que rive droite ou rive gauche, les choses doivent bien se présenter à peu près de la même façon.
— Oui, fit-il, — stupidement de la même façon. J’ai tout de même voulu voir. J’ai vu. Il n’y a rien. Partons !…
Je me levai d’un bond :
— Vous avez raison, lui dis-je. Partons. Il n’y a rien à récolter par ici. Les froids vont nous tomber dessus un de ces jours et nous forcer à nous terrer. Pour six mois !… Dans un pays où il n’y a en fait de gibier que des espèces d’aigles avec quoi on ne pourrait même pas faire la soupe. Or, nos conserves s’épuisent. Nous en avons peut-être encore pour deux mois… Filons donc !… Tirons-nous de ce guêpier… Tâchons de trouver un coin où, bon Dieu !… il y ait tout de même un peu d’or et où, en tout cas, il y ait de quoi ne pas crever de faim…
Pendant que nous parlions ainsi, Patrice avait retiré ses bottes, changé de pantalon.
— Quand partons-nous ? lui demandai-je.
— Demain, dit-il. Il faut d’abord plier bagage, ficeler tout cela sur le traîneau, et, ensuite, réfléchir… Où aller, James ?