Il alla les chercher. Ils étaient à moitié morts de froid, et, plus encore, d’abrutissement. Ils restaient sur leurs quatre pattes, flageolant, les yeux mi-clos, comme faisant tête encore à la tempête. Les petits, brisés de fatigue, s’endormaient et, dans leur sommeil, faisaient des rêves qui leur arrachaient des cris et des gémissements. Ils se réveillaient en hurlant de frayeur.
Enfin, le neuvième jour, vers midi, le cyclone disparut vers le Nord, et Patrice et moi, et les chiens, nous nous précipitâmes dehors. Quel soulagement !…
Durant quelques moments, nous nous étirâmes, allâmes et vînmes devant la hutte, jouant avec les chiens, comme des enfants.
Puis tout à coup :
— Dites donc, vieux ! m’écriai-je. Qu’est-ce que nous fichons là ?
— Allons-y ! répondit l’Indien.
Un quart d’heure plus tard, — pare à virer, comme disent les marins. Les chiens étaient rentrés, nous étions équipés, nous avions nos fusils, nos outils, nous descendions vers le Sloo, cependant que là-bas, devant nous, par delà la rivière, l’ouragan s’enfuyait, comme un nuage de poussière que le vent chasse.
XXXVIII
Pendant les quinze jours qui suivirent, nous voulûmes rattraper le temps perdu. Jamais notre machine physique et morale n’avait besogné avec autant d’entrain… Jamais nous n’avions obtenu un tel rendement. Nous ramassions tant d’or que maintenant nous en avions presque peur. Nous voyions ce tas d’or s’élever et nous le contemplions comme une chose de mystère et de danger…
Un soir, Patrice rentra soucieux et, à la première question que je lui posai, il me répondit, en jetant dans un coin son attirail :