— Mais, fis-je, à propos de chiens, pourquoi n’ont-ils pas aboyé ?
— C’est ma faute, répondit-il. Je les ai habitués à coups de fouet à respecter le sommeil des hommes.
Tout de suite et sans plus de discours, nous prîmes les précautions qui s’imposaient. Patrice fabriqua avec des planches un petit volet qui, de l’intérieur, s’appliquait, pour la nuit, sur la fenêtre. La fermeture de la porte fut renforcée.
Mais quand ce fut fait :
— Ce que nous faisons là est idiot, dit Patrice. Si nous n’avons, en fait de tactique, que celle de la défensive, nous sommes flambés, et, un de ces quatre matins, nous nous réveillerons avec chacun une demi-douzaine de balles dans le corps.
Pendant deux jours, nous battîmes le pays pour tâcher de mettre la main sur l’homme. Nous fouillâmes les rochers, les ravins d’alentour, les bois de sapins, descendîmes jusqu’à la plaine… Rien ! pas plus d’homme qu’au fond de ma battée… Patrice lui-même semblait croire que l’inconnu avait déguerpi.
— Bizarre ! disait-il. C’est la première fois que je vois ça… Sans un coup de feu ? Quel phénomène !
La nuit qui vint, vers deux ou trois heures, je fus réveillé par le bruit très particulier que fait la neige sous le poids d’un pas d’homme : le bruit d’une ouate qu’on bourre. Je me levai à moitié sur le coude, et, sans un mot, d’une main précautionneuse, secouai Patrice. Il était déjà réveillé et il me dit d’une voix basse :
— Voilà un quart d’heure que je l’entends. Il tourne autour de la maison. Ne bougez pas.
— Mais, fis-je, est-ce que nous n’allons pas lui sauter dessus ?