— Un peu mal, dit-il. Mais il faut faire les choses convenablement.

Il m’enleva donc ma balle, — et ma foi ! je ne sais comment il s’y prit ni de quel instrument il se servit, mais, une fois que la résolution eut été prise par lui, le consentement vaguement donné par moi, ce fut vite fait… J’étais couché sur le côté gauche, la face tournée vers le mur de planches et de terre, et, pendant cinq ou six minutes, je l’entendis, derrière mon dos, remuer des choses… Puis il revint à moi et me dit :

— Cher monsieur, vous allez être un grand garçon. Prenez un chiffon et mordez dedans…

— Allez ! Allez ! lui dis-je. Pas besoin de chiffon…

Il appuya son genou sur mon épaule pour m’immobiliser tant bien que mal, écarta d’une main de femme, rapide et douce, les linges qui protégeaient ma plaie et, soudain, je poussai un cri :

— Patrice ! Patrice ! Que faites-vous, espèce de brute ?

— Mordez un chiffon, répondit-il d’une voix calme… Mordez ! Ce n’est rien…

— Mais bon Dieu ! hurlai-je, jusqu’où voulez-vous enfoncer ce morceau de fer ! Etes-vous devenu fou ?

— Oui, dit-il. Gueulez, mon amour…

Pendant quelques secondes qui me parurent peuplées de tous les démons de l’enfer la chose continua… Je hurlais sourdement : heuh !… heuh !… et Patrice, qui souffrait autant que moi, comme une mère de la souffrance de son enfant, reprenait du même rythme, sur un ton plus bas : heuh !… heuh !…