— Laissez donc !

Nous étions passés près de l’homme, qui, au pied de son rocher, dans le sable, continuait à gémir : Mon Dieu !… Il se tenait le ventre avec sa main et cette main était toute sanglante. On avait l’impression qu’avec cette main il empêchait son sang de lui sortir tout entier du corps…

— Va ! Va ! lui jeta Patrice, plein d’une haine sourde.

Il fallut suivre toute la grève jusqu’au vallon et elle est coupée, cette grève, tous les cinquante ou soixante pas, de rochers qui, partant de la falaise, viennent, en arêtes aiguës, plonger sous l’eau… Il fallait donc escalader ces rochers, les redescendre… Quel travail !… Dans le sable le pauvre Patrice enfonçait jusqu’aux chevilles… Je souffrais mais comme je me sentais, maintenant, à l’abri, — sauvé !…

Enfin nous arrivâmes au vallon. Patrice en suivit le fond jusqu’à la hauteur de la hutte et, arrivé là, il attaqua la pente, à lourdes et puissantes enjambées… Et ce fut la hutte, enfin !… il poussa la porte d’un coup de pied qui fit trembler toute la cabane, s’agenouilla, me fit descendre doucement sur le lit de peaux d’ours… Il resta là, agenouillé, la bouche entr’ouverte, s’accordant, maintenant, le droit de haleter.

— Ah ! Patrice ! lui dis-je. Quelle mère vous êtes pour moi !

Alors il me coucha, me déshabilla, examina la blessure :

— Je ne veux pas que vous restiez infirme, dit-il enfin. La balle est dans le muscle… Si je vous l’enlevais, James ?

Je répondis d’une voix dolente :

— Mais vous n’allez pas me faire trop mal ?