Puis, enfin, le jour, lentement, s’éteignit, le soir vint, — et je poussai un rude soupir de soulagement… Pourtant une heure encore s’écoula. Je m’étais assoupi, abruti de fièvre, d’impatience… Je sentis qu’on me secouait doucement et qu’on m’appelait à voix basse, oh ! de quelle voix tremblante et angoissée :

— James ! James !

— Ah ! c’est vous, Patrice ? dis-je. Que vous avez été long à venir !

— Qu’avez-vous ? Vous êtes blessé ?

— Oui. C’est l’homme qui geint là-bas… J’ai un coup de fusil dans la hanche… Tout le côté droit paralysé… Alors j’ai tiré aussi… Il a son compte… Ne lui faites aucun mal, Patrice. Il est en train de mourir.

— Qu’il crève donc ! dit Patrice.

Avec d’infinies précautions il me souleva de terre, me chargea sur ses épaules… et je souffrais le martyre, je poussais de sourds rugissements… Mais il avait une si douce façon de dire : « James ! James ! » que je me mordais les lèvres pour ne pas le troubler avec mes cris… Il m’emporta ainsi jusqu’à la hutte… Quel homme extraordinaire ! J’entendais sa respiration bien égale et bien maîtresse d’elle-même… De temps en temps il me demandait :

— Comment vous sentez-vous ?

A quoi je répondais :

— Bien… Reposez-vous, Patrice… Vous allez vous tuer…