— Mourir ! protesta l’abbé Parand. Pas avant que je n’aie profité de vos bonnes visites ! Vous devez à Dieu des années encore de services éclairés.
— Vous avez raison, Monsieur le curé, fit Madeleine en se forçant à sourire. Que deviendrais-je sans ce cher père ?
Le veuf secoua la tête.
— En réalité, je ne songe pas à m’enliser dans une tristesse morne et stérile. J’arrive ici avec un grand projet.
— Vraiment ?
— Je prépare depuis longtemps un volume sur les monastères du Bas-Poitou ; je veux étudier de près, et en détail, les ruines et les souvenirs que Yeu présente dans cet ordre d’idées.
— Ah répondit l’abbé, avec une lumière dans le regard, la belle, la grande pensée ! Le monastère de saint Hilaire, plus tard celui de saint Étienne, ont tenu une haute place dans la vie morale de l’île ; seulement leur étude vous coûtera mainte peine, Monsieur.
— Je crois qu’il n’en reste pas grand’chose, fit Madeleine.
— A peu près rien, Mademoiselle. Du moustier de saint Étienne ne demeurent que quelques substructions envahies par les ronces et les yèbles : quant à celui de saint Hilaire, je crois bien qu’il n’en subsisterait à peu près que le souvenir, si M. Turbé, en défrichant une de ses terres, sur l’emplacement de la chapelle, n’avait mis à découvert trente-six squelettes, dont un reposait dans une auge de pierre blanche.
— Celui d’un prieur, sans doute, remarqua le professeur. Il faudra que je voie tout cela… Pensez-vous, Monsieur le curé, que la documentation me soit facile ?