— Tu as raison, braconnier. Passe-moi la petite, et on s’en va.

Mortimprez s’approche avec compassion, déjà il tend les mains ; mais Valmineau se retourne, plus farouche, plus sauvage que jamais ; et il gronde âprement, sourcils froncés, mâchoire en bataille :

— Espère un peu, que je vas te la donner, la gosse ! C’est pas moi qui l’a sauvetée, peut-être ? Je la ramène et demain je la conduis chez le maire. Pour lors on voira quoi en faire !

Ayant achevé avec peine son discours haché par la tempête, le braconnier de la mer, méprisant et magnifique, crache sur les vagues et saute dans la Sainte-Madeleine, où il cale l’enfant du mieux qu’il peut, entre sa voile de rechange et des casiers à homards ; pour éviter qu’une vague ne l’enlève, il l’attache sur le banc. Enfin, prenant ses avirons, il prie Dieu de le protéger contre la mer démente.


Une lampe fumeuse éclairait Le logis du vieil Islais. Dans l’âtre primitif brûlait un fagot d’ajoncs qui découpaient sur le mur des silhouettes étranges. Avec une gaucherie attentive, Damase frictionnait à l’eau-de-vie les petits membres glacés de La fillette qui le regardait interdite, épouvantée encore des heures horribles qu’elle venait de vivre. Oh ! ce retour au milieu des vagues monstrueuses ! navigation de cauchemar, dont le souvenir la poursuivrait toujours.

— Là ! ça va aller mieux, petiote. Comment t’appelles-tu ?

— Annie…

— Quel âge as-tu ?

— Huit ans…