— Bonjour, Messieurs ! Quelles nouvelles apportez ? eût demandé, d’après la tradition, Sarah Jennings, duchesse de Marlborough…

— Les meilleures sans doute au gré de votre chrétienne charité, cher Monsieur.

— Au sujet d’Annie, n’est-ce pas, Monsieur le Curé ?

— Précisément, Mademoiselle, son oncle souhaiterait de vous la confier définitivement. Est-il besoin de vous dire que je n’y verrais nul inconvénient ?

— Et que je n’y trouverais, moi, que des avantages, appuya le maire en tendant la lettre au professeur.

Celui-ci la lut à voix haute, puis, se tournant vers sa fille, qui s’efforçait de dissimuler son émotion :

— Eh bien, mon enfant, qu’en penses-tu ?

Elle joignit les mains, leva son doux regard un peu terni. Elle était presque belle alors, la vieille fille, celle dont nul homme n’avait fait la reine de son foyer, et qui ne rêvait sur terre d’autre bonheur que celui de se dévouer. Avec élan Madeleine répondit :

— Que puis-je penser, père, sinon que je suis prête, comme toi-même, à ouvrir mon cœur, à recevoir en notre maison l’orpheline que le ciel nous envoie. Nous en ferons une vraie chrétienne, et nous lui indiquerons le chemin du bonheur en lui montrant celui du devoir.

— Bravo ! mon enfant, approuva l’abbé. Dieu vous récompensera de cette bonne œuvre entreprise pour l’amour de lui. Vous en serez vous-même tout heureuse, par un effet de la divine justice.