— J’imagine, fit M. Lemarquier, que le braconnier sera satisfait, lui aussi, de la tournure prise par les événements.
— C’est vrai, ce vieux sanglier ! Toujours farouche ? Il m’est revenu que vous aviez baptisé son canot, Monsieur le Curé ?
L’abbé montra au maire Madeleine souriante :
— Voici la dispensatrice de la grâce, mon bon ami.
— Monsieur le doyen, protesta la « demoiselle » toute confuse, ayez pitié de moi ! Allons plutôt, si vous le voulez bien, annoncer la grande nouvelle à ce brave homme.
— Où est-il ?
— Quelque part sur la côte, pas loin sans doute, à promener Annie pour laquelle il éprouve une tendresse de grand-père ; je vous assure que c’est touchant…
De cette opinion qui d’abord avait fait sourire le maire, celui-ci comprit toute la justesse peu d’instants plus tard, quand nos amis, du haut de la falaise, aperçurent deux silhouettes connues qui se détachaient, assez proches, sur les récifs en dents de scie de l’Entaillée. C’était une petite forme hésitante et craintive, qu’une grande ombre, paternellement penchée, tenait solidement par la main au bord de l’abîme ; on eût dit d’un aïeul guidant par son domaine une enfant très chère, longtemps perdue, enfin retrouvée.
Quand M. de Marcis eut mis le braconnier au courant de la situation nouvelle :
— Bon sang de bonsoir ! gronda le sauvage en un rugissement contenu par égard pour la mignonne qui le regardait avec surprise, Monsieur le maire, vrai, vous me faites-t-il heureux !