En arrivant sur les quais où l’hôtel des Étrangers dresse sa façade blanchie à la chaux, comme toutes celles de la petite ville, Damase Valmineau connut à l’instant qu’une curiosité agitait les Islais flânant le long du port. Le solitaire s’étonna, en déballant ses homards :
— Y a-t-il du nouveau, à ce matin ?
— Six, huit, dix… répondit le garçon de l’hôtel. Eh ! eh ! ils ne sont pas du gabarit, les derniers ! On braconne donc toujours ?
— Si vous n’en voulez point… grogna le bonhomme.
— Là, là, ne vous fâchez pas, père Damase. Histoire de parler, ce que j’en dis. Et pour ce qui est du nouveau, c’est ce dundee qui prend les passes, devant nous.
Le pêcheur redressa sa haute taille délivrée du poids de la hotte, et, la main en auvent, considéra un instant le voilier parvenu devant le musoir rouge du brise-lames.
— Faut que je vas voir ça, déclara-t-il.
Et il s’avança, indifférent au froid accueil qu’on lui faisait dans les groupes. A son passage, les bérets se rapprochaient en des conciliabules où il n’avait point de part, et Mortimprez, un camarade d’enfance pourtant, fit mine de ne pas le reconnaître. Celui-là était propriétaire et patron d’un beau sardinier ; jouissant de la considération générale, il ne voulait plus rien avoir de commun avec le braconnier de la mer.
Une mauvaise lueur durcit encore le regard du solitaire ; il s’approcha d’une vieille poissonnière, ridée, sous sa fanchon noire, comme une pomme de l’autre année :