CHAPITRE II

Dans le cabinet de travail de la cure, ouvert sur la paix ensoleillée d’une grande cour que bordent les écoles libres et qu’ombragent des vernis du Japon, l’abbé Parand s’occupait à préparer le prochain numéro de la Croix de l’Ile-d’Yeu. C’était une idée touchante qu’il avait eue, le curé doyen de l’île esseulée, en fondant cette menue feuille où sa tendresse paternelle recueillait, deux fois par mois, tout ce qui concernait la vie de ce petit morceau d’univers perdu au sein des flots, et dont la direction morale lui était confiée. Aux pages composées par une vieille dame, qu’un zèle ardent avait portée à se faire imprimeur, éditeur, voire colporteur, on trouvait de tout : naissances, mariages et décès, tempêtes et grandes marées, comptes rendus de ces cérémonies mi-religieuses, mi-maritimes, si particulièrement florissantes à Yeu, nouvelles des longs-courriers islais. Et nul ne s’étonnait d’y lire les réflexions sur l’inconstance de la sardine ou les mœurs des langoustes, puisque c’est de la pêche que vit la population.

— Ouvrez !

La gouvernante de M. le doyen lui tendait une carte de visite bordée de noir ; l’abbé y porta les yeux :

Edmond LEMARQUIER
Professeur honoraire d’histoire au lycée d’Orléans.

Un crayon rapide avait ajouté :

et Mlle LEMARQUIER.

— Faites entrer, ma bonne, dit le prêtre en abaissant sa barrette sur un front que coupait une ligne de hâle.

Un instant après, les passagers du dundee pénétraient dans la pièce ; M. Lemarquier présenta avec aisance sa fille et lui-même, puis ajouta tout aussitôt :

— Vous dirais-je, Monsieur le Curé, que je vous reconnais ?