Le vent du large saisit la prière, l’entraîna dans sa course, l’emporta vers Marie, protectrice des matelots.


Cependant l’île, la triste île isolée à l’écart du sol vendéen, vivait dans l’angoisse quant au sort de ses enfants. L’Étoile-du-Sud devait relâcher à Bahia pour la mi-janvier au plus tard : aucun câblogramme n’était venu apprendre à l’armateur que son bateau avait franchi sain et sauf la redoutable étape du cap Horn. Pas davantage Armand n’avait-il, comme il faisait à chacune de ses escales, envoyé une dépêche à Annie pour la prévenir qu’il lui écrivait. Aussi la petite fiancée ressentait-elle cruellement l’anxiété qui s’appesantissait sur les familles tourmentées, au long des jours.

Ces jours, en se réunissant, firent des semaines, qui lentement tombèrent au gouffre du temps. Janvier se déroula froid et morne, vêtu de brumes, secoué de rafales qui parcouraient l’île en hurlant au seuil des maisons blanches. Février suivit, escorté par une pluie cinglante dont le rideau s’épaississait sur la mer démontée. Des images funèbres, tableaux de tempêtes semblables à celle où avait péri l’Antoinette, et dont maintenant l’Étoile-du-Sud peut-être était la proie, hantaient l’esprit d’Annie. La maison de la Meule, à l’unisson de son tourment, était dominée par une inquiétude qui, pour M. Lemarquier, prenait déjà presque figure de funèbre assurance. Le braconnier était redevenu taciturne comme aux plus mauvais jours.

Le 8, Mlle Lauroy n’y tint plus. Jetant sur ses épaules le noir manteau des Islaises, elle dit à Madeleine, en appuyant sur elle son regard voilé de larmes :

— Petite mère, je suis à bout de courage. Je vais monter à la chapelle un moment…

— Veux-tu que je t’accompagne, ma chérie ?

— Je… j’aimerais mieux être toute seule…

Mlle Lemarquier serra sur son cœur l’enfant douloureuse :

— Va, ma petite. Nous serons par la pensée avec toi. Et tu sais, il faut espérer toujours…