L’Islais prit le carton, le jeta à terre avec un grognement semblable à ceux qui lui étaient familiers autrefois. Mais Annie ne s’émouvait pas aisément, et savait à quoi s’en tenir quant aux dehors épineux de son père adoptif. Elle ramassa avec tranquillité la photographie, et demanda, de sa voix frêle, comme s’il ne s’agissait pas de soulever la lourde dalle d’un passé remontant déjà à vingt années :

— Qui est-ce ?

— Rien.

— Voyons, grand-père… Je vois bien que c’est une jeune fille…

— Ça doit te suffire.

Doucement obstinée, parce que le bonhomme paraissait plus fâché que triste, Mlle Lauroy poursuivit :

— … Et qu’elle vous ressemble…

— Ah ! tu as trouvé ça toute seule ? Et bien, oui ! c’est une fille que j’ai… c’est-à-dire que j’ai eue dans les temps.

L’Islais se tut. Décidé à n’en pas dire plus, il enfonça énergiquement son béret sur ses oreilles, d’où se hérissaient des poils blancs. Et, sans l’atteindre, il allongea un coup de sabot au chat, qui le regardait avec des prunelles en forme de larges amendes.